24/08/2014

Nomenclature anarchiste


Comme les anarchistes socialistes et les anarchistes communistes défendent le droit des travailleurs d'employer la violence contre les patrons, il faut bien considérer qu'il y a différentes sortes d'anarchisme et qu'il vaut mieux préciser auquel on appartient si on s'inscrit dans un travail militant de défense de certaines positions et pas d'autres.


En outre, il y a aussi des anarchistes qui défendent des formes de démocratie radicale. Mais je crois que ce sont surtout des démocrates radicaux (ou des ultra-démocrates) plutôt que des anarchistes. Il y a bizarrement aussi des anarchistes qui défendent certaines formes d’État, mais je crois aussi que ce ne sont pas vraiment des anarchistes (puisque tout État implique gouvernement et/ou démocratie).

Compte tenu de ce qui précède, je vais donc préciser mon appartenance à l'anarchisme libéral de gauche. L'anarchiste libéral nie le fait que le salariat soit en lui-même une agression, contrairement aux anarchistes socialistes et communistes, mais l'anarchiste libéral de gauche souhaite néanmoins vivre dans une société sans salariat (puisqu'il souhaite vivre dans une société sans hiérarchie).

Dorénavant, je préciserai donc mon appartenance à l'anarchisme libéral de gauche et pas uniquement à l'anarchisme.

16:30 Écrit par Adrien Faure dans Anarchisme | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

05/09/2013

La révolution socialiste avec l'anarchisme


Mon excellent camarade et ami, Philippe Berger, fin explorateur de la philosophie politique, bon théoricien, a publié dans la Cuite Finale numéro 7, le journal de la Jeunesse Socialiste Genevoise, un article où il questionne les liens entre socialisme et anarchisme. Je le remercie d'avoir abordé cette question qui m'a aussi intéressé ces derniers temps, et je souhaite présentement commenté la thèse qu'il défend, à savoir que la révolution socialiste entre en opposition avec l'anarchisme.

« La thèse de l’« extinction de l’État » de Marx et Engels se verra largement définie par ceux-ci et redéfinie par Lénine et Gramsci, sous le poids des 
faits concrets. »

Cette affirmation est extrêmement vrai. Si on prend seulement Marx, ce dernier affirme la nécessité de la prise de pouvoir des travailleurs dans le Manifeste du Parti Communiste, mais va préciser sa position après l'expérience de la Commune de Paris en ajoutant que l’État bourgeois (capitaliste) doit être détruit pour qu'une nouvelle forme d’État puisse le remplacer, l’État prolétarien.

« S’ils vont toujours souhaiter l’extinction de l’État en tant qu’outil d’une domination de classe et pur outil de répression, ils vont opérer des distinctions dont l’anarchisme ne va pas s’embarrasser. »

Le problème du marxisme c'est justement les limites de sa définition de l’État en tant qu'outil de domination de classe, ou en tant qu'expression super-structurelle de la lutte des classes. Cela implique que dans la société sans classe il n'y a effectivement plus d’État (puisque plus de lutte des classes), et c'est une conception complexe pour la majorité de nos contemporains.

« Engels, par la critique de la libre-concurrence telle que la pratiquait l’Angleterre au milieu du 19e siècle (« La libre-concurrence se trouverait au dernier degré de perfection dans un arrangement privé d’État, où chacun pourrait exploiter l’autre selon son plaisir »), assigne à l’État un rôle différent que celui de l’État répressif. Cela même renvoyant à la distinction entre le court-terme et le long-terme. Si le socialisme souhaite l’extinction de l’État dans le long-terme, il faut d’abord changer l’État, pour, dans le concret, intervenir dans la sphère économique et mener ainsi à ce qui va être l’abolition des classes. »

Changer l’État certes, mais de quel État parle-t-on ?
En effet, Marx, Engels, et Lénine, affirment tous trois la nécessité de supprimer l’État bourgeois (capitaliste), de le détruire, pour le remplacer par un autre État, l’État prolétarien (qui correspond à la Commune). Une partie des causes de l'échec de l'URSS réside d'ailleurs sûrement dans l'incapacité des bolcheviques à supprimer l’État bourgeois et à se passer de ses restes (notamment de la bureaucratie).
Il y a donc destruction de l’État capitaliste, et formation simultanée d'un nouvel État composé des conseils (eux-mêmes composés des comités ouvriers). C'est en cela je pense qu'est le changement d’État par le processus révolutionnaire.
Mais ce nouvel État prolétarien est selon moi identique pour les anarchistes (qui ne l'appelle pas État) et pour les socialistes (qui l'appellent État), puisqu'il correspond à l'exemple de la Commune, dont tous, anarchistes comme socialistes, font un exemple de l'application de leur doctrine.

« Ils attaquent l’anarchiste Bakounine qui, quant à lui, ne prend pas la peine de décortiquer les différents visages de l’État et en fait « L’État abstrait, l’État en tant que tel, l’État, qui n’existe nulle part, ou dans les nuages seulement ». Engels réfute en particulier la croisade anarchiste contre le principe d’autorité en tant que tel, alléguant des cas exceptionnels, comme la première phase de la mise en place du socialisme, qui peuvent exiger, comme dans un bateau traversant une tempête, « l’obéissance absolue de tous à la volonté d’un seul » (le capitaine, métaphore de l’avant-garde du prolétariat). »

Mais n'est-ce pas encore une fois un bon exemple des causes de l'échec de l'URSS ? Les avant-gardes ne mènent-elles pas justement au bureaucratisme et à la dictature ? N'est-ce pas contradictoire avec la nécessité d'une révolution populaire (impliquée dans la réalisation du socialisme) ?

« Il rapporte aussi la faible réponse que lui font les anarchistes : « Ah c’est vrai, mais il ne s’agit pas ici d’une autorité que nous avons déléguée mais d’une 
charge ! » Avant d’ajouter la conclusion qui s’impose à ces propos : « Ces messieurs croient qu’ils ont changé les choses quand ils ont changé les noms. »

Ce commentaire d'Engels nous montre qu'il n'y a justement pas de différence (autre que le nom) entre le mandat impératif anarchiste et les principes socialistes par lesquels Marx et Lénine ont défini la gestion de l’État prolétarien (électivité, révocabilité, salaire ouvrier).

« Lénine milite aussi pour l’extinction de l’État, au sens d’outil violent de domination de classe. »

Sur le long terme certes.

« Il fait également une distinction aussi entre le court et le long-terme : « Nous ne sommes pas des utopistes. Nous ne « rêvons » pas de nous passer d’emblée de toute administration, de toute subordination ; ce sont des rêves anarchistes. » Après la Révolution d’octobre cependant, confronté plus que jamais à des problèmes d’organisations 
concrets, il se distancie de ses propres thèses anarchisantes. »

Totalement d'accord. Peut-être qu'il n'aurait justement pas dû !

« Il parle ainsi de s’engager dans la « construction de l’État », c’est-à-dire, « édifier un appareil vraiment neuf, et qui mérite véritablement le nom d’appareil socialiste ». »

Oui, mais pour pouvoir réussir à bâtir un véritable État prolétarien, il eut fallu d'abord détruire l’État bourgeois.

« Il est conscient qu’il s’agit d’une tache qui demande « beaucoup, beaucoup, beaucoup d’années » (sic !). Il oppose cet État au vieil appareil d’État « capitaliste et bureaucratique. »

Qu'il eut fallu détruire...

« Gramsci, qui fait sien les objectifs du jeune État socialiste en Russie, considère le socialisme non comme un processus d’extinction de l’État, mais comme la construction de « l’État social du travail et de la solidarité ». »

Selon le sens que l'on donne au mot État les deux ne s'opposent pas.
Si l’État est uniquement expression de la lutte des classes, outil de domination de classe, alors l’État disparaît avec l'avènement de la société sans classe. Mais si l’État est, comme je l'ai défini, la matérialisation du principe d'organisation, alors oui, l’État existe toujours.

« Il finit même par prendre acte que l’État et la société en tant que concepts et en tant qu’objets pratiques sont indissociables, tout en dissociant « l’État-caserne » pré-révolutionnaire de « l’État-société » qu’il appelle de ses vœux et qu’il voit comme « une garantie de permanence et de succès pour toute activité sociale » (en opposition avec la libre-concurrence et le laisser-faire qui dévore les humains comme le montre Engels). »

Idem.

« L’homme tellement attaché à ne pas créer un messianisme à partir du socialisme s’attaque au soit disant lien entre anarchisme et socialisme : « On a construit un schéma préétabli, selon lequel le socialisme serait une « passerelle » vers l’anarchisme : c’est un préjugé stupide, une hypothèque arbitraire sur le futur ». Il y a chez lui toujours le refus d’un certain « mécanisme » socialiste, réponse erronée à la « nature » des libéraux. »

Je considère plutôt que socialisme et anarchisme sont la même finalité de mouvements différents (et de conceptions idéologiques différentes).

« L’anarchisme n’est pas seulement accusé d’utopisme et d’hypocrisie, mais il est encore accusé d’être le descendant du libéralisme : « dans la dialectique des idées, c’est l’anarchie qui continue le libéralisme, non le socialisme », nous dit Gramsci, parce que « toute la tradition libérale est contre l’État ». »

Je dirais qu'il s'agit là soit de propagande, soit d'une confusion avec les anarchistes libéraux.

« Gramsci note enfin que les anarchistes, de par leur utopisme, sont en définitive les gardiens de l’État pré-révolutionnaire. Il voit leur « anti-étatisme primitif et élémentaire » comme « une expression d’apolitisme », et donc « de renonciation, d’acceptation et d’intériorisation d’une situation de subalternité » (par rapport à l’ordre établi). »

C'est peut-être là un point où je serais quelque peu d'accord.
Les anarchistes sont bien souvent un peu dogmatiques (mais pas tous) quant à l’État.

« Alors que pour Marx « la conquête des droits politiques (suffrage universel, liberté de la presse, liberté d’association et de réunion publique etc.) » est considérée « comme condition préliminaire et indispensable à l’émancipation économique des travailleurs », pour Bakounine ces droits politiques viennent de l’État, et ne sont donc qu’une vieillerie « bourgeoise ». »

Bakounine se montre quelque peu dogmatique sur ce point certes.

 

« Ainsi, tandis que le socialisme nous invite à établir un « État éthique » qui serait la société civile elle-même, où se construit à chaque instant la liberté et l’égalité et où cet État en est la garantie, l’anarchisme, nous invite soit à une passivité moqueuse et cynique envers cet effort de changement qui n’est que « bourgeois », soit à une libération des instincts violents, qui en fait la meilleure excuse de répression de l’État-caserne. »

Cette conclusion est uniquement tirée des deux derniers paragraphes. Je trouve qu'elle réduit quelque peu la doctrine anarchiste à une simple question d'approche tactique (comment agir par rapport à l’État). 

*

Alors que nous sommes passablement marginalisés, l'heure est à l'union des socialistes, avec les communistes, et les anarchistes.  
Et quand on lit la citation ci-dessous, on voit bien comme les différences sont ténues. En outre, l'échec du marxisme-léninisme doit nous amener à considérer d'autres variantes du socialisme, comme le socialisme conseilliste, le socialisme libertaire, ou encore le socialisme castoriadien. 
Pour une défense plus large de la ressemblance entre socialisme et anarchisme, rendez-vous ici.

« La société, qui réorganisera la production sur la base d'une association libre et égalitaire des producteurs, reléguera toute la machine de l’État là où sera dorénavant sa place : au musée des antiquités, à côté du rouet et de la hache de bronze. »

Friedrich Engels   

00:24 Écrit par Adrien Faure dans Anarchisme | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

29/08/2013

Socialistes et anarchistes

J'ai du mal à considérer que les anarchistes et les socialistes sont très différents. Si on fait exception des anarchistes libéraux, des anarchistes de droite, et des anarchistes individualistes, et qu'on se contente de prendre en compte la grande majorité des anarchistes, à savoir les anarchistes socialistes, et communistes, alors il me semble bien qu'on a à faire à des courants politiques très proches. 

Bon, on me rétorquera que les marxiste-léninistes et les autres types de socialistes étatistes, sont effectivement différents des anarchistes, mais tout de même, ces catégories de socialistes envisagent elles-aussi l'abolition de l'Etat (décrit comme dépérissement) comme finalité de leur action politique.

Mais entre le socialisme conseilliste, le socialisme autogestionnaire, et l'anarchisme, il n'y a qu'une différence de temporalité il me semble, ou autrement dit, un décalage sur le moment où il s'agit d'abolir le capitalisme et celui où il s'agit d'abolir l'Etat. Certains anarchistes considèrent en effet parfois qu'il y a primauté à l'abolition de l'Etat sur celle du capitalisme (ce qui implique une action politique différente bien sûr). La simultanéité étant probablement l'idéal.
Je considère en tout cas que vu que la société socialiste et anarchiste aboutie est identique à bien des égards (autogestion généralisée, démocratie directe, conseils, etc.) il n'y a pas de différence majeure entre socialistes et anarchistes.

Il est probable que ces ressemblances n'apparaissent pas malheureusement aussi facilement que cela aux yeux de mes camarades, de par le fait que nous sommes souvent amenés à défendre l'intervention de l'Etat, et l'Etat-providence. Mais cette défense de l'Etat n'est une défense de l'Etat que dans le cadre de la lutte des classes. Nous ne défendons l'Etat que dans la mesure où il nous permet d'améliorer la vie des travailleurs, des jeunes, et des précaires, contre les classes dominantes. Dans l'idéal il est facile d'imaginer remplacer l'Etat providence par d'autres modes de fonctionnement (comme des structures mutualistes entre travailleurs par exemple).

Quant à l'abolition de l'Etat que prône les anarchistes, il faut la comprendre comme la transformation des structures de la société autour des principes de l'autogestion et la démocratie directe (des conseils), bref on retrouve là les principes du socialisme.


 

20:18 Écrit par Adrien Faure dans Anarchisme | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg