• Devrais-je écrire davantage de propagande ?

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    On me dit souvent que je devrais rédiger moins d'écrits théoriques et davantage d'écrits en lien avec l'actualité, ou autrement dit, davantage de propagande de transition (parler de sujets concrets et de luttes concrètes qui concernent directement les gens).

    Je le fais parfois, certes pas très souvent, et je pourrais le faire davantage bien sûr. 
    Mais il me semble que la plupart des gens en politique écrivent déjà beaucoup là-dessus. Alors ce ne serait pas très intéressant que je m'y mette aussi je pense.
    Qui plus est, je suis sûr que plein de gens sont bien meilleurs que moi là-dedans. 
    En outre, je donne déjà de mon temps et de mon énergie sur le terrain en tant que militant et président de la Jeunesse Socialiste Genevoise, et je pense que c'est un engagement suffisamment concret pour que je puisse me permettre d'explorer un peu la philosophie politique de mon côté (surtout qu'il s'agit quasi exclusivement de recherches personnelles, vu qu'on n'enseigne pas particulièrement la philosophie politique à Genève au Département de philosophie).

    Donc voilà, toutes mes excuses à celles et ceux qui aimeraient me voir changer de disque, mais je vais continuer comme cela.
    Si ça peut consoler certains, je compte en venir bientôt à un témoignage sur mon activité militante qui sera tout à fait empirique. 

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  • Sur l'évolution du sens du mot « révolution » à travers le XVIIe, XVIIIe, et XIXe siècle

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    Je partage ci-dessous, une petite recherche, effectuée au cours d'un séminaire, qui est en lien avec mes écrits sur ce blog je pense.


    A l'origine, le mot « révolution » provient du latin où il signifie « cycle temporel ».
    Le mot français entre dans l'usage courant à partir de 1559, comme synonyme d'un événement bouleversant sans retour possible à un stade initial.
    Mais c'est seulement à partir du XVIIe siècle, et du renversement de Charles 1er en Angleterre par Cromwell et le parlement en 1649, que le mot prend le sens de « changement brutal, pouvant impliquer trouble et renversement de régime. »
    Le mot « révolution » va ensuite rester lié à cet événement précis de l’histoire, puis à l'histoire de l'Angleterre avec la
    seconde révolution d’Angleterre, en1688-1689, avec le renversement de Jacques II le catholique. L’Encyclopédie, éditée de 1751 à 1772, et dirigée par Diderot, fait d'ailleurs spécifiquement mention du mot « révolution », dans son sens de changement de régime, comme étant lié uniquement au cas anglais. La révolution n'est donc pas encore un concept général, mais un élément descriptif d'un événement précis.

    Le mot est employé ensuite à propos de la révolution américaine de 1776, et plus généralement des événements qui préparent le changement de régime, de 1760 à 1780.
    Puis il est employé à propos des événements de 1789 à 1799 en France, (avec une majuscule, c'est
    la Révolution, qui se veut un exemple universel pour le monde).
    A la même époque, le mot « révolution » est aussi employé pour parler de révolution brabançonne et se dit donc du soulèvement des Belges contre la domination de l’Autriche.
    On voit donc comment à partir d'un cas précis, la révolution anglaise, le mot « révolution » va prendre un sens général, désignant l'ensemble des changements de régime politique par un renversement plus ou moins violent ou pacifique, ainsi que le processus révolutionnaire qui accompagne ce changement de régime.

    Au XIXe siècle apparaissent de nombreux emplois du mot « révolution » qui correspondent à des modifications du concept pré-établi. On se met à parler de
    révolution socialisteprolétaire, ou prolétarienne, et les premières interprétations marxiennes et marxistes voient le jour, créant des catégories nouvelles comme révolution bourgeoise, ou révolution permanente.
    On voit donc ici l'extension du sens du mot « révolution » aux rapports sociaux (et économiques), et aux rapports de classe. (Au XXe siècle, on parlera aussi de révolution culturelle.)

    Transposé sur le plan économique, le concept donne lieu aussi à partir de 1839, sous la plume d'Auguste Comte, à 
    révolution industrielle. Et dans ce cas-là, il signifie une transformation radicale du mode de production économique. (Au XXe siècle, on parlera aussi de révolution technologique.)

    Dans sa spécialisation astronomique, dès 1690, le mot « révolution » signifie : « mouvement circulaire par lequel un astre revient à son point de départ sur son orbite ».
    Dans sa spécialisation psychologique, dès 1720 : « trouble passager violent .
    Dans sa spécialisation médicale, dès 1694, on parle de : « révolution d’humeurs ».
    Dans les sciences, il prend le sens de : « Cataclysme bouleversant terrains et faunes » dès 1718.
    Dans histoire des sciences, dès 1787 on (Kant) parle de : « révolution intellectuelle », comme d'un passage « d’un paradigme scientifique à un autre ».
    Dans sa spécialisation géométrique, dès 1765 il signifie : « tout complet d’une pièce mobile autour d’un axe. ».



    Bibliographie :

    - A. REY,
    Dictionnaire Historique de la langue française, Paris, Le Robert, 2010

    - Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, par une société de gens de lettres, mis en ordre 
    par M. Diderot […] ; & quant à la partie mathématique, par M. d’Alembert [1750-1781], 35 vol. (dont 12 de planches), facsimilé, Stuttgart, Bad Cannstatt, 1988

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  • De la nécessité d'un individualisme socialiste

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    Nous avons besoin d'expliquer pourquoi des militants s'engagent en faveur du socialisme et embrassent la voie révolutionnaire.
    Car nous devons être capable de dire pourquoi n'importe quel citoyen devrait le faire.
    Et là je fais abstraction de toute notre propagande (de transition) qui sert uniquement à faire adhérer les gens au socialisme par des voies détournées et une immersion progressive dans nos valeurs et nos idées.

    Se contenter de dire que l'individu est altruiste, qu'il s'engage pour autrui par altruisme, c'est courir le risque de fonder toute une action politique et une théorie révolutionnaire sur de bons sentiments. Qu'un jour les bons sentiments s'évaporent et vous verrez la révolution disparaître comme un joli mirage.
    Et puis, on peut être altruiste pour de mauvaises raisons, que ce soit pour complaire à un proche, pour flatter son ego, pour se donner bonne conscience, ou pour déculpabiliser. Des tas de mauvaises raisons sur lesquelles bâtir une théorie révolutionnaire.

    La solution c'est de dire que le socialisme est un idéal de société pour tout individu.
    Ainsi il est rationnel de s'engager en faveur du socialisme.
    Il faut donc voir le socialisme comme un projet de société universellement valable.
    Cette position me semble la plus forte, et donc la plus à même de soutenir une théorie de la transformation sociale. 

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  • Contradiction entre analyse marxienne et subjectivité petite-bourgeoise

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    Nous vivons dans une société petite-bourgeoise.

    80% de la population pense appartenir à la classe moyenne.
    Autrement dit, si conscience de classe il y a, cette conscience de classe entre en totale contradiction avec les catégories analytiques marxiennes.

    Aujourd'hui, nous avons une société petite-bourgeoise qui se pense petite-bourgeoise, se vit petite-bourgeoise, et a des aspirations petite-bourgeoises, dont les membres agissent en petit-bourgeois.

    Un enseignant est selon les catégories marxistes contemporaines un travailleur (c'est après tout un salarié qui vend sa force de travail intellectuelle). Mais un enseignant ne pense pas ce mot "travailleur", et ne se pense pas en fonction de ce référentiel.
    Un enseignant se pense généralement comme un membre de l'honorable classe moyenne (éventuellement inférieure ou supérieure, c'est selon).

    Les jeunes étudiants fils d'enseignants, de 68 ou de 2013, sont-ils des petit-bourgeois ?
    Ils ne se pensent pas travailleurs, encore moins prolétaires.

    La catégorie "travailleurs" a clairement perdu de son sens de nos jours.

    Nous sommes donc face à une contradiction entre subjectivité et analyse marxiste qui se veut rationnelle.
    Est-ce une question de lutte culturelle ?
    Ou bien est-ce une donnée fatale et nécessaire à entériner d'un point final ?


     

  • Romantisme versus socialisme scientifique

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    J'ai envie de compléter avec cette note mes deux dernières publications sur mon blog principal concernant le romantisme.

    Je pense qu'il faut ajouter quelque chose d'important concernant le militant révolutionnaire (disons le jeune militant révolutionnaire puisque c'est l'exemple que je connais le mieux), c'est qu'il est probablement traversé par deux faisceaux différents, et relativement complémentaires.

    Un faisceau de la raison, ou autrement dit, un socialisme aux prétentions scientifiques, qui veut expliquer le monde, l'appréhender rationnellement par la logique et une méthodologie digne de l'épistémologie la plus poussée des sciences sociales. Ce faisceau explique l'engagement par une analyse des conditions matérielles de l'individu, il étudie les déterminismes, imagine des corrélations, des liens causaux. 
    C'est ce faisceau qui amène le militant à son bureau (quand il en a un), lui fait lire des piles de gros livres très sérieux, et lui fait donner de son temps à la participation de mystérieux cercles d'étude (qui ressemblent parfois un peu à des thérapies de groupe).
    Ce faisceau est constitutif du vrai militant marxiste, maîtrisant la théorie au service d'une praxis révolutionnaire sur le bout des doigts. 

    Et il y a le faisceau de la spontanéité, de l'émotion, celui qui fait passer le militant pour un hippie chevelu, un beatnik niais, un poète plein de passions. Ce faisceau est sûrement plus important que le premier, car il est davantage tourné vers la vie. Il s'incarnera peut-être plus tard dans un mode de vie alternatif, et dans tout le boboïsme si décrié, mais dans sa fleur de l'âge, il représente la pulsion de joie, et est peut-être davantage subversif que les outils quasi mathématiques dont le socialisme scientifique aimerait pourvoir le militant.

    Mais de tout cela, raison ou passion, logique ou émotion, qu'on en oublie pas pour autant le but ultime du socialisme (qui se réalise peut-être individuellement à travers le militantisme révolutionnaire) : la liberté.
     


     

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Mon carnet de notes me sert à préciser ma réflexion à côté de mon blog principal