16/03/2015

Les politiciens



Le 29 mai 2014, il y a 10 mois environ, j'ai reçu un commentaire d'un commentateur qui passait parfois sur mon blog à cette époque et qui commentait mes billets sous le pseudonyme de Mais tout à fait. Ce commentaire m'a fait réfléchir et j'ai été surpris par le fait qu'il visait assez juste. De l'eau a coulé sous les ponts et je ne suis plus membre de la social-démocratie depuis de nombreux mois, mais j'avais tout de même envie de partager ce commentaire. Et ce d'autant plus que d'un certain point de vue il anticipe assez bien ma rupture future avec la social-démocratie. A noter que j'ai nommé ce billet les politiciens et non la social-démocratie, car la critique du commentateur concerne d'après moi autant les social-démocrates que l'ensemble des politiciens.

Pour pouvoir comprendre le sens de ce commentaire, je précise qu'il s'agissait d'une réponse à la question suivante que j'avais lancée à la cantonade : « Je me demande pourquoi je publie encore ce genre de commentaires de vieux condescendant malheureux et grincheux ? »

« Là par contre, je pense que ma réponse va te plaire : C'est probablement parce que contrairement au 99% de tes coreligionnaires, toi tu es en train de lire les auteurs, de distinguer les courants, et de basculer au fur et à mesure vers une tendance libertaire et socialiste utopiste. Et cela implique que tu refuses qu'il y ait un chef ou un politburo qui décide de ce qu'on peut dire ou non et que tu tolères le débat et les idées contradictoires. C'est même nécessaire à ta vision: si tous sont égaux tous doivent pouvoir donner leur avis même s'il ne plaît pas aux autres. Tu acceptes donc ton détracteur, même quand son discours est un peu acide et pique l'ego. Tes coreligionnaires eux, ne tolèrent pas leurs détracteurs et tu as même probablement été choqué de voir comme ils sont rigides mentalement. Ils ont la haine de tout ce qui n'est pas exactement dans les mêmes bottes qu'eux et la tête remplit de certitudes, eux savent mieux que quiconque ce qui est bien. Ce ne sont pas des théoriciens qui lisent. Ils ne lisent pas ou très peu. Chez eux seul compte le pragmatisme et l'accès au pouvoir. Et tu as commencé à le percevoir. Et on imagine bien que c'est un des éléments derrière ta démission. Alors que pour toi la théorie c'est tout, pour eux, au final c'est accessoire. Tu as donc probablement commencé à discerner chez eux la contradiction dont ils font preuve, entre les luttes personnelles de pouvoir entre eux d'un côté, et l'égalité qu'ils prétendent défendre de l'autre côté. Tu as dû déchanté, toi pleins d'illusions sur les théories, tu t'es retrouvé confronté à la real politik. Et ainsi, tu as commencé à voir dans les interactions avec tes camarades, qu'ils ne sont que des dictateurs en puissance, et que s'ils ont du pouvoir, il n'y aura pas la mise en place de New Harmony dans la joie, mais bien l'union soviétique des bolchéviks pour tout le monde et dans la douleur. En conséquence tu as ouvert les yeux et compris, qu'en fait tu n'avais rien à faire avec eux. Et c'est pour cela probablement, que contrairement à eux tu ne censures pas, même ce qui te déplaît. Ai-je mis dans le mille cher Adrien, ou suis-je en train de rêver debout comme toi avec ton socialisme ? »

 

22:11 Écrit par Adrien Faure dans Politiciens | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

11/03/2015

Pour en finir avec le léninisme (et avec le trotskisme)


A mes amis léninistes et trotskistes, qui croient encore aux vertus du coup d’État d'Octobre 1917 et au bien-fondé de l'action des bolcheviques, je dédie cette citation de Henri Arvon, tirée de son génial ouvrage sur l'autogestion.



« Dès le 5 décembre 1917, la prise en mains de l'économie par les soviets (conseils ouvriers) est endiguée et canalisée à l'aide d'une législation restrictive ; les entreprises industrielles sont, en effet, coiffées par un Conseil supérieur de l’Économie dont la fonction essentielle consiste à coordonner autoritairement l'action de tous les organes de la production. Le décret du 28 mai 1918 étend la collectivisation à l'ensemble de l'industrie transformant ainsi les socialisations sauvages des premiers mois de la Révolution, entreprises aux bénéfices des seuls travailleurs des entreprises respectives, en nationalisations soumises désormais aux directives d'une bureaucratie de plus en plus autoritaire.

Les structures hiérarchisées des entreprises ainsi collectivisées sont rétablies ou maintenues ; les directeurs et cadres techniques conservent leurs fonctions, ils sont appointés par l’État. Simultanément, le Congrès des Conseils de l’Économie qui se tient du 26 mai au 4 juin 1919 institue des directions d'entreprises, issues pour un tiers seulement des ouvriers de l'entreprise concernée, les deux autres tiers des membres étant nommés par les instances supérieures, les Conseils régionaux ou le Conseil supérieur de l’Économie. Quelques mois plus tard, le IIe Congrès du Conseil supérieur de l'Economie précise que ce ne sont pas les Conseils d'usine qui sont qualifiés pour diriger l'usine, mais les Conseils d'administration.

L'évincement progressif des Conseils ouvriers s'achève en 1920 lorsque le contrôle exercé encore jusqu'à cette date par eux passe entre les mains de l'Inspection ouvrière et paysanne, organisme nommé par l’État. Au IIe Congrès des Syndicats qui se tient en avril 1920, le rapporteur Lozovsky résume la substitution du pouvoir politique au pouvoir ouvrier au lendemain de la Révolution d'Octobre en déclarant : ''Nous avons renoncé aux vieilles méthodes du contrôle ouvrier et nous n'en avons gardé que le principe étatique.'' »




12:07 Écrit par Adrien Faure dans Léninisme, Trotskisme | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg