29/10/2017

« Si tu n'es pas content alors tu n'as qu'à partir » ou Hume versus Locke

 

 

Combien de fois ne vous a-t-on pas dit, au détour d'un débat, que, si vous n'êtes pas satisfait de l'état des choses dans le pays où vous vivez, alors vous n'avez qu'à partir ? En restant, vous ne feriez qu'étaler crûment, par le fait, la faiblesse de vos arguments : en effet, si l'état de choses ici présent était aussi critiquable que vous le dites, alors, sûrement, vous plieriez bagage et, sans plus attendre, quitterez le rivage national pour de plus verdoyants pâturages.

Ce raisonnement, Michael Otsuka l'associe, dans son article de 2006 Comment être libertarien sans être inégalitaire, au philosophe anglais John Locke (1632-1704) : « Locke affirme que les individus consentent tacitement à l'autorité de l’État simplement du fait qu'ils restent à l'intérieur des frontières d'un territoire sur lequel l’État est souverain. »
Or, le philosophe écossais David Hume (1711-1776) répondit, dans ses Essais moraux, politiques et littéraires, à Locke de la façon suivante :

« [Dire] qu'un pauvre paysan, qu'un artisan qui ne connaît ni les langues ni les mœurs des pays étrangers, et qui vit au jour le jour de ce qu'il gagne par son travail, soit libre de quitter son pays natal [ce serait] dire qu'un homme que l'on a embarqué pendant qu'il dormait, reconnaît volontairement, l’autorité du capitaine eu vaisseau ; et qu'il a la liberté de sauter dans la mer et de se noyer. »

 

Amusant comme les débats persistent à travers les siècles.

 

 

12:35 Écrit par Adrien Faure dans Hume David | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

Commentaires

OUI partir au plus vite, mais pour où????? C'est exactement ce que se disent des millions d'européens de l'Ouest mais où vont ils pouvoir aller?

Écrit par : dominique degoumois | 30/10/2017

Oui sauf que cela s’adresse rarement a des pauvres paysans locaux qui ne connaissent ni les langues ni les mœurs des pays étrangers. Mais plutôt a des pauvres paysans venu de l'étranger et qui ont de la peines avec les mœurs et langues locales.

Maintenant si on parle de la classe moyenne sup, ce sera du plus en plus une réalité menant a des départs volontaires et en toute connaissance de cause, car en fonction de ses aspirations les meilleures choix ne manques pas. Et avec un minimum de compétences et/ou fortune personnelle on est bienvenu presque partout.

Écrit par : K. Bereit | 31/10/2017

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