14/03/2014

Instauration d'une modération pré-publication des commentaires

Ayant continué de subir divers problèmes liés à la gestion des commentaires sur mon blog, une modération pré-publication des commentaires est instaurée. 

Un jour viendra peut-être où les individus seront suffisamment responsables pour que ce genre de structures ne soit pas nécessaire.
Mais ce jour n'est visiblement pas celui d'aujourd'hui.

 

17:49 Écrit par Adrien Faure dans Le blog | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

09/03/2014

Instauration d'une modération post-publication des commentaires

Suite aux problèmes que j'ai rencontré aujourd'hui avec certains commentaires déplacés, des attaques personnelles de commentateurs contre d'autres blogueurs, des commentaires qui n'avaient rien à voir avec le contenu de mon blog (!), je cesse de ne pas modérer mes commentaires.

Dorénavant, les commentaires seront modérés après publication.
Autrement dit, vous pouvez toujours commenter mes billets sans que je les contrôle au préalable, mais en cas de commentaire déplacé il sera supprimé. 

Je regrette de devoir restreindre la liberté d'expression, mais je ne laisserai pas une tribune d'expression aux règlements de compte et aux attaques personnelles sur mon blog.

Si les problèmes que j'ai rencontré aujourd'hui continuent, je serais contraint de passer à une modération pré-publication des commentaires... Mais je serais navré de devoir en arriver là.
 

22:53 Écrit par Adrien Faure dans Le blog | Lien permanent | Commentaires (24) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

Faut-il que je modère les commentaires de mon blog ?


Étant donné les commentaires déplacés de Corto hier sur mon blog, véritables attaques personnelles sans aucun lien avec le propos de mon billet, la question se pose : faut-il que je modère les commentaires de mon blog ?


D'un côté, je suis fermement convaincu du bienfait et du bien-fondé de la liberté d'expression et je trouve que chacun devrait se montrer responsable et respectueux d'autrui en se retenant de publier n'importe quoi sur n'importe qui et en restant un minimum dans le champ de discussion proposé par le blogueur. La liberté totale de publication de commentaires sur mon blog permet ainsi, du moins je l'espère, aux commentateurs d'exprimer leurs avis sans aucune restriction, nourrissant souvent un débat que je trouve intéressant et enrichissant.

D'un autre côté, j'ai dû intervenir aujourd'hui pour bannir Corto de mon blog et modifier le pire de ses attaques personnelles. On voit donc que malgré l'étendue de la latitude que je laisse aux commentateurs sur mon blog, je suis tout de même contraint de rompre avec le principe de liberté d'expression.

A noter sur la question que l'anarchiste libéral Rothbard pense qu'aucune loi ne devrait protéger les individus de la diffamation ou de la calomnie (cf. son livre L'éthique de la liberté).
Dans une société où chacun est libre de dire ce qu'il veut sur autrui, les membres de la-dite société feraient en effet plus attention avant de croire n'importe quoi sur n'importe qui. Un avis qui m'avait évidemment surpris lorsque je l'avais découvert.


"Considérons maintenant le cas extrême où l'information est fausse et où X le sait. Il a le droit (de propriété) de dire que Y est un voleur ou un homosexuel, même s'il sait pertinemment que cela est faux, et d'imprimer, et de vendre cet énoncé. L'opinion contraire, qui fonde l'illégalité actuelle de la calomnie, est que chaque homme a un "droit de propriété" sur sa propre réputation (incluant le droit à l'image). Mais la réputation de Y n'est ni une chose physique ni quelque chose qu'il porte sur lui ou à l'intérieur de sa personne. La réputation de Y est exclusivement une fonction des attitudes et des croyances subjectives qui le concernent mais qui sont contenues dans l'esprit d'autres personnes. Comme il s'agit de croyances qui sont dans l'esprit d'autrui, Y ne peut les posséder ou les contrôler d'aucune manière légitime. C'est donc une agression et une violation du droit que de mettre des concurrents hors la loi ou simplement d'interdire légalement la diffusion de calomnies contre une personne ou ses produits. Il se peut d'ailleurs que la situation se retourne en faveur des victimes de la calomnie. Si tout le monde a le droit de dire des faussetés, le public se méfierait davantage de ce qu'il écoute et lit, et il demanderait des preuves beaucoup plus sérieuses. Les calomnies qui circulent le duperaient moins que maintenant.

Enfin, l'illégalité de la diffamation nuit de deux manières aux gens qui ont peu de moyens : ils sont des proies plus faciles pour les calomniateurs ; et on entrave leur propre capacité à diffuser des vérités sur les riches."
 

Extrait de L'éthique de la liberté de Rothbard que j'ai trouvé sur ce site : http://www.catallaxia.org/wiki/Murray_Rothbard:L'%C3%A9thique_de_la_libert%C3
 

15:40 Écrit par Adrien Faure dans Le blog | Lien permanent | Commentaires (24) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

05/01/2014

Ouverture du blog à des invités



Je mets à disposition des amateurs de philosophie politique mon blog principal et son audience (vous êtes quand même entre 250 et 400 personnes à visiter mon blog principal chaque jour, ce qui est réjouissant, dont pas mal de militants et des journalistes).


Si vous êtes partant pour écrire quelque chose d'intéressant, envoyez-le moi sur mon mail (afaure@hotmail.ch) !

Je considère en effet qu'il faut renforcer le débat d'idées et la réflexion philosophique pour dépasser le simple débat sur les partis, les argumentaires sur les votations, et les politiciens. Il s'agit de participer à notre humble niveau à régénérer la démocratie par une véritable action de guérilla philosophique !

Attention, je ne publierais pas forcément quelqu'un qui va à l'encontre de mes idées générales. Si vous écrivez une défense de la politique d'austérité ou du consensus je ne vois pas ce que vous apportez de plus ou de novateur, donc je ne vous publierais pas (ces idées étant déjà ultra-dominantes). Par contre, si vous écrivez une défense du social-libéralisme, je pourrais vous publier même si ce ne sont pas mes idées.

A vos claviers !

16:44 Écrit par Adrien Faure dans Le blog | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

22/12/2013

Ralentissement sur le blog



Le lecteur l'aura remarqué, voilà à peu près trois longues semaines que je n'ai plus rien publié.
Ce n'est pas par manque d'idées (les brouillons s'accumulent), mais uniquement parce que j'ai manqué de temps et de disponibilité. Mes activités militantes, et surtout, mes études, ont nécessité l'entier de mon énergie intellectuelle pendant cette période.

Par chance, la période de révisions estudiantine me donne à présent le temps nécessaire pour me remettre à mes recherches personnelles.

Je m'y remets donc !

16:45 Écrit par Adrien Faure dans Le blog | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

04/12/2013

Les nouveaux mouvements sociaux des années 68 en Suisse et la police politique

Je partage ci-dessous un travail réalisé dans le cadre d'un séminaire en histoire suisse à l'université, car il est plutôt en lien avec les sujets que j'aborde sur ce blog.


Introduction

Je vais d'abord définir les nouveaux mouvement sociaux des années 68, puis aborder la façon dont la police politique les perçoit, et comment elle les réprime.
Dans un deuxième temps, je parlerai de chacun des nouveaux mouvements sociaux et de comment ils sont réprimés et surveillés spécifiquement.

1a. Qu'est ce que sont les nouveaux mouvements sociaux ?


On désigne par l'expression «  nouveaux mouvements sociaux » un certain nombre de mouvements qui vont voir le jour dans les années 68 de manière spontanée.
Ces nouveaux mouvements sociaux sont novateurs dans le choix des sujets pour lesquels ils militent, dans la manière qu'ils ont de militer et de faire passer leurs messages dans l'espace public, et dans leur manière de s'organiser et de structurer.
Autrement dit, il y a rupture entre les modes d'engagements passés et nouveaux, il y a de nouveaux acteurs, de nouveaux sujets de mobilisation, de nouvelles revendications, et de nouvelles modalités d'engagement.

En effet, ces mouvements tentent de se faire entendre dans l'espace public par des actions médiatiques ou symboliques (ce qui aujourd'hui a été intégré par les partis politiques traditionnels plus que de raison), et non en participant à des élections.
Ils s'organisent de manière horizontale en évitant au maximum la hiérarchie.

Toutefois, cela ne signifie pas pour autant que le mouvement ouvrier, le mouvement des travailleurs, ait cessé de se mobiliser. Au contraire, il continue de s'activer.
On peut constater à ce propos qu'entre 1970 et 1980, les grèves, les comités de chômeurs, les comités de défense de l'emploi, et les mouvements de solidarité avec des grèves étrangères (grève de LIP à Besançon par exemple), sont systématiquement surveillés par la police politique.
De même, la campagne pour des retraites populaires, contre le deuxième pilier, est aussi l'objet de rapports fournis.

Pris dans leur ensemble, les nouveaux mouvements sociaux remettent globalement en question l
a société de consommation, l'autorité traditionnelle, la hiérarchie, le gouvernement, l’État, et le capitalisme.


Pris individuellement, on trouve un certain nombre de mouvements qui vont s'intéresser à des sujets précis.
Les principaux nouveaux mouvements qui se mobilisent dans les années 68 sont : le mouvement écologiste, le mouvement anti-nucléaire, le mouvement anti-consumériste, le mouvement pacifiste, le mouvement anti-militariste, le mouvement de solidarité internationale (ou autrement dit, le mouvement tiers-mondiste), et le mouvement féministe.
Bien entendu, il y a des ponts entre les différents mouvements, ils travaillent ensemble, et leurs militants sont souvent membres de plusieurs d'entre eux.
La liste des professions les plus fichées entre 1970 et 1980, nous permet de nous faire une idée de la composition sociale de ces nouveaux mouvements sociaux .
Ainsi, on trouve parmi les catégories sociales les plus fichées : les instituteurs « de gauche ou suspects », les enseignants du secondaire « de gauche ou suspects », les étudiants universitaires et du secondaire, les journalistes « ayant des liens avec la gauche » ou « liés aux mouvements pacifistes », les fonctionnaires de communes et cantons, les médecins progressistes et les « médecins pour la paix », les juristes progressistes, les scientifiques ayant des liens avec le Mouvement pacifiste, les architectes animant des comités référendaires sur l’aménagement urbain ou des occupations de maisons, et les assistants sociaux.


1b. Comment la police politique les perçoit-elle ?


La vision de la police politique est emprunte de manichéisme, et si elle arrive à classer les militants pro-chinois (les maoïstes) comme équivalent aux militants du Parti du Travail, car soi-disant au service d'une puissance étrangère, elle peine bien davantage à comprendre et classer les nouveaux mouvements sociaux.
Et c'est pourquoi elle va les étudier et les surveiller attentivement. D'autant plus qu'elle considère que ces mouvements sont particulièrement à risque, car étant composés principalement de jeunes, ils sont selon elle davantage sensibles à de potentielles influences étrangères subversives. Car dans les années 68, les autorités considèrent toujours la Suisse comme une cible privilégiée d'infiltration d'éléments étrangers.
Plus généralement, la police politique et les autorités voient un lien entre subversion et espionnage potentiel de l'étranger.
Ainsi en1972, le commandant de la police de Vaud parle, en terme d'importance, de la nécessité de la lutte contre la subversion, immédiatement après celle de la lutte contre l'espionnage.

On trouve aussi le commentaire suivant dans les archives fédérales :

« Le mouvement de Mai 68 – soit les partis néo-marxistes, les nouveaux mouvements sociaux, les groupes pacifistes, les groupes féministes, les groupes tiers-mondistes, le mouvement anti-atomique, les conseils étudiants – a été observé par une attention toute particulière. »

La police politique suit donc, plus ou moins péniblement, la mutation des mouvements de contestation.
C'est d'ailleurs pourquoi, elle va créer une nouvelle catégorie pour désigner les militants opposés à des aspects de l'organisation sociale en place, soit la catégorie de « gauchiste » qui permet de redéfinir les cibles de la surveillance policière, qui vient s'ajouter à une autre catégorie officielle traditionnelle, celle de « l'extrémiste ».

1c. Comment la police politique les réprime-t-elle ?

Comme on le verra avec l'affaire des fiches en 1989 et la découverte de 900'000 fiches, il y a une surveillance des opposants assez systématique qui se fait sur la base des arrêtés de 1949 et 1958.
Les fiches des animateurs des nouveaux mouvements sociaux étaient tamponnés avec un V pour Verräter, qui signifie « traître ».


La police politique photographiait les militantes des nouveaux mouvements sociaux, relevait leurs noms, leurs numéros de plaque minéralogiques, et effectuaient des résumés de leurs discours.

Comme on le verra plus tard, les autorités scolaires et universitaires collaborent avec la police dans cette surveillance des participants des nouveaux mouvements sociaux.

Il y a aussi une criminalisation de certains individus surveillés qui participent aux nouveaux : par exemple, il y a un cas où la police politique notifie sur la fiche de 50 militants qu'ils ont tous volé les mêmes explosifs sans que cela soit le cas pour justifier des mesures de surveillance spéciales comme des écoutes téléphoniques.

2. La répression du mouvement étudiant

Entre 1967 et 1968, on assiste à un essor important du mouvement lycéen et universitaire, qui vont se prolonger de manière marquée jusqu'en 1972 en tout cas.

Comme j'ai eu accès à une étude sur le mouvement des étudiants de l'Université de Lausanne, je vais présenter ce cas comme exemple généralisable du mouvement étudiant des années 68.

A Lausanne donc, les origines de la mobilisation des années 68 trouvent leur source dans le Mouvement Démocratique des Étudiants qui est créé en 1956, et qui regroupe diverses tendances de gauche. Sa principale activité consiste à organiser des meetings et des conférences à cette époque.


En 1960, le Conseil d’État vaudois interdit les activités politiques au sein de l'université de Lausanne. Cette décision est importante car elle va avoir de fortes répercussions dans les années 68.

Le 13 mai 1968, 3 jours après la Nuit des barricades à Paris, les étudiants lausannois manifestent, en soutien aux manifestations françaises. C'est le début du mouvement étudiant à Lausanne.

Le 22 mai 1968, l'assemblée extraordinaire de l'Union des étudiants lausannois rédige une charte de revendications qu'elle soumet aux autorités universitaires.
Ce document remet notamment en question la structure hiérarchique de l'université, le système de sélection, et le fonctionnement du contrôle des études.

Les étudiants s'organisent ensuite en tendances - étudiants progressistes, étudiants socialistes, étudiants réformistes - et mettent en place des cours alternatifs, notamment de philosophie.
Ils exigent la suppression des structures hiérarchisées de l'université et des cours ex cathedra, mènent une lutte contre l'interdiction des activités politiques au sein de l'université, et demandent de pouvoir se prononcer sur le choix des enseignants.
Il y a aussi une critique de ce qu'ils appellent le « rectorat fort », soit le fait que le rectorat se soit donné de nombreuses compétences pour lutter contre l'indiscipline des étudiants.

A partir de 1970, la lutte étudiante se concentre sur la revendication de la liberté d'expression, et on assiste à la formation de nouveaux comités, proches de groupements politiques, comme le Comité Uni-brèche, proche de la Ligue Marxiste Révolutionnaire.

Le rectorat réagit à tous ces événements par la répression, notamment par la censure des étudiants contestataires et leurs publications. Il crée une commission de discipline, et procède à des rappels à l'ordre, ainsi qu'à des enquêtes disciplinaires envers les organisateurs de séminaires parallèles ou d'organisations dites « sauvages ».
Il procède aussi à des menace d'exclusion ou de suspension envers les étudiants contestataire, et interdit dans certains cas à certains de pénétrer dans l'enceinte de l'université.
Enfin, il met en place des fiches des « d'étudiants agitateurs » (par exemple,il tient une liste des étudiants ayant signé une pétition pour la levée de l'interdiction des activités politiques au sein de l'université).

Face à cette répression, les étudiants forment de comités de soutien aux étudiants victimes de mesures disciplinaires à caractère répressif, et bravent certaines des interdictions du rectorat.
En 1972, ils organisent même une manifestation pour la liberté d'expression politique dans l'enceinte de l'université.
Toutefois, il faut quand même noter que la majorité des étudiants reste passive par rapport à ces mobilisations.

En ce qui concerne les autorités politiques proprement dites, le Conseil d’État met en place une Commission des troubles estudiantins en 1968, qui regroupe la police, le rectorat, le Conseil d’État, et des représentants de diverses directions d'établissements de formation.
Les réunions de cette commission sont confidentielles.
Le Conseil d’État a peur de l'exemple français, et craint un d'un passage à la lutte armée (car il constate des que les vols d'explosifs et de munitions sont en hausse). La Commission réfléchit sur les causes de l'agitation et envoie un infiltré dans les réunions des étudiants contestataires.
Le secrétaire chargé de rédiger un PV lors des réunions de la Commission, doit faire un PV sommaire et le dactylographier et le photocopier hors de ses heures de bureau pour préserver au maximum la confidentialité des réunions de la Commission.

On peut noter la sympathie de la Commission envers les groupements étudiants de droite qu'elle appuie en souscrivant à un abonnement à ses journaux, ainsi que la volonté d'éviter l'engagement d’étudiants de gauche à des postes universitaires, ce qu'elle fait en collaboration avec la police qui l'informe sur les profils des étudiants semblant subversif au rectorat.

Cette commission est supprimée en 1976.

3. La répression du mouvement pacifiste et du mouvement anti-militariste

Le mouvement pacifiste est né en Suisse au début du XIXe siècle. En 1968, il est fortement relancé, et s'inscrit dans le cadre d'un discours anti-capitaliste et anti-impérialiste plus global. Il mène des campagnes pour le désarmement nucléaire, contre les dépenses militaires, contre l'exportation de matériel de guerre, contre le déploiement d'euromissiles.
C'est ce mouvement, ainsi que le mouvement anti-militariste, qui vont participer à progressivement normaliser les idées pacifistes et anti-militaristes, qui
était d'abord assimilées à une trahison.

Le mouvement pacifiste va s'appuyer sur des comités de soldat pour la paix qui apparaissent dans les années 70, et qui vont être surveillés par le service de surveillance politique de l'armée qui considère qu'un pacifiste est automatiquement aussi un antimilitariste.

Le mouvement anti-militariste est très en vogue chez les jeunes, probablement parce qu'ils sont astreints au service militaire obligatoire. Il s'appuie dès 1972-1973, sur des Comités de soldats dans l'armée et organise la grève des sodats sanitaires au Tessin. Des comités de soldat vont aussi voir le jour, suite à la publication d'un livre « Défense civile », diffusé à tous les foyers, par Département militaire.
La police politique surveille toutes leurs activités. Ainsi, la distribution de tracts, la vente et la diffusion de journaux, sont tous rapportés dans des rapports de la police politique.

4. La répression du mouvement anti-atomique/anti-nucléaire

Le mouvement anti-nucléaire existe depuis 1958 en Suisse, mais c'est pendant les Marches de Pâques pour la paix de 1963 à 1967 qu'il prend son essor.
Et surtout, en 1973, les militants occupent le site d'une future centrale nucléaire à Kaiseraugst en 1973.
Comme des communes s'opposent à la construction de centrales nucléaires, le Tribunal Fédéral vote la hiérarchie des compétences qui fait qu'un projet fédéral peut passer outre une décision locale.
Mais l'occupation du site,entre le 1er avril 1975 et le 14 juin 1975, amène les autorités à abandonner le projet.
On notera aussi le 25 juin 1977, première tentative d'occuper Gösgen, par 2500 personnes, et qui est réprimée par la police, ainsi que la marche de 5000 personnes le 2 juillet 1977, en réaction à la répression, qui provoque une nouvelle répression policière.

Concernant la répression de ces mouvements, les autorités politiques exploitent beaucoup les oppositions entre modérés (favorables à la négociation) et radicaux (favorables à l'action directe) du mouvement anti-nucléaire, en négociant avec les modérés tout en réprimant les radicaux.

Le Mouvement anti-nucléaire, dès 1974-1975, est particulièrement pris en photo par la police politique, surtout avec Kaiseraugst dès 1975, Creys-Malville dès 1977, et Gösgen en 1978, probablement parce qu'il remet en question des intérêts centraux pour l’État.

En ce qui concerne
le mouvement écologiste en tant que tel, est moins confronté à la répression que les autres mouvements. Une partie de ses composantes jouissant de compétences élevés sont subventionnés par l’État pour fournir des analyses. Ce phénomène de coopération réduit la radicalité du mouvement en Suisse.

5. La répression du mouvement de solidarité internationale (tiers-mondiste)


Dans le cadre du contexte international très explosif des années 68, marqué par de nombreuses guerres de libération et par de nombreux conflits provoqués par la guerre Froide et l'affrontement des blocs, de nombreux mouvements sociaux militent en faveur de causes internationales, souvent en soutien aux mouvements de libération actifs dans tel ou tel pays.

Ainsi, certain mouvements voient le jour en solidarité avec la révolution algérienne (de 1954 à 1962).
D'autres comme le Mouvement pour la paix et l'indépendance du Vietnam, en réaction à la guerre du Vietnam (1954 à 1975).
D'autres encore militent en faveur de la cause palestinienne.

La police politique va contrôler l'Association Suisse-Palestine dès 1970.
Les mouvements de solidarité avec le peuple vietnamien sont surveillés jusqu'en 1975, ceux soutenant la résistance chilienne le sont dès 1973.
Les mouvements de solidarité avec le peuple iranien sont aussi surveillés, et d'ailleurs, en 1972, une manifestation contre la venue du Chah d'Iran à Genève est violemment réprimé.
Au vu des bonnes relations qu'entretiennent le gouvernement d'Afrique du sud avec le gouvernement suisse, le mouvement anti-apartheid est particulièrement surveillé.
Les actions de soutien avec les pays de l'Est de la part sont aussi surveillés.

Tous ces mouvements de solidarité internationale, s'accompagnent de nombreux voyages que font les militants à l'est ou en Espagne (lors de la chute du régime franquiste). Lors de ces voyages, les militants-pélerins sont surveillés par les douanes qui travaillent en collaboration avec la police politique, ainsi que par les ambassades qui font des rapports sur les citoyens suisses de gauche à l'étranger.

 

Enfin, les organisations d'immigration sont surveillées de 1970 à 1980, il en est ainsi de l'organisation des Colonies libres italiennes, ou de l'Association des travailleurs espagnols émigrés en Suisse. La BUPO les soupçonne d'être liés au PC italien et espagnol.
Les fêtes de l'Unità (journal du PC italien) sont autorisées depuis 1973, mais contrôlées.

Bizarrement, j'ai lu aussi que les « magasins du monde » étaient aussi sous surveillance.

6. La répression du mouvement anti-xénophobe

Les mouvements anti-xénophobes (contre l'initiative Schwarzenbach entre autres) sont aussi surveillés.
Pour donner quelques exemples, le Centre de contacts Suisses-Immigrés est surveillé dès 1971, tandis qu'à Neuchâtel on surveille le Comité unitaire travailleurs suisses et immigrés. Dès 1980 l'organisation Être Solidaire est surveillé. En 1985, le Mouvement pour une Suisse ouverte, démocratique et solidaire, est mis aussi sous surveillance. Et enfin, SOS-Asile est surveillé dès 1987.

7. La répression du mouvement autonome urbain

Le mouvement autonome urbain désigne les mouvements de jeunes qui à partir de 1968, à Genève et à Zürich particulièrement, vont se mobiliser pour obtenir de nouveaux espaces culturels et d'expression. Pour sensibiliser l'opinion publique à leur cause, ils vont organiser des manifestations de rue, et des occupations illégales, notamment de l'ancien Temple de la Servette à Genève en 1971, à laquelle la police met fin après 5 jours. Lors des manifestations de soutien à l'occupation, la police genevoise procède alors à des arrestations, à des interrogatoires, et à des fichages.

A Zürich, à partir de 1980, de violentes manifestations vont opposer les mouvements autonomes à la police qui réprime les manifestations, jusqu'à ce que le Conseil Municipal finisse par accepter l'ouverture d'un centre culturel autonome. Les confrontations violentes vont toutefois reprendre ensuite car le mouvement des jeunes autonomes souhaite le retrait des plaintes pénales contre ses membres.

Le 6 septembre 1980 est le jour de la plus forte répression d'un mouvement de contestation des années 60-90, les jeunes protestant contre les rafles de la police dans leur centre culturel, la répression policière se traduira par 338 arrestations et la dévastation de la Bahnofstrasse par les manifestants furieux.

La lutte entre mouvements autonomes de jeunes zürichois et la police sous commandement des autorités de droite va encore durer et s'intensifier durant l'année 1981. Le mouvement va occuper de nouvelles maisons, un immeuble, provoquer des incendies, organiser un campement sauvage, et des manifestations non autorisées, tandis qu'il doit faire face à la répression policière qui s'exerce toujours un peu de la même manière, soit l'utilisation de gaz lacrymogène, de balles en caoutchouc, et de karcher. Finalement, le mouvement ferme lui-même le centre autonome culturel en protestation à la répression.

8
. Conclusion sur les nouveaux mouvements sociaux

Pour conclure cette partie, il faut quand même dire que les nouveaux mouvements sociaux vont progressivement s’institutionnaliser et perdre assez largement en subversion. Le système politique suisse va en effet les intégrer en en faisant surtout des lanceurs d'initiative et des groupes de pression. Une partie des membres des nouveaux mouvements sociaux va aussi finir dans des partis politiques plus traditionnels.


Bibliographie

GIUGNI Marco, PASSY Florence, Histoires de mobilisation politique en Suisse : de la contestation à l'intégration, Éditions l'Harmattan, Paris, 1997

JOST Hans Ulrich, Cent ans de la police politique en Suisse, Éditions d'en Bas, Lausanne, 1992

SCHAUFELBUEHL Janick Marina, 1968-1978: une décennie mouvementée en Suisse
, Éditions Chronos, Zürich, 2009


 

18:28 Écrit par Adrien Faure dans Nouveaux mouvements sociaux & police politique | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

26/11/2013

Devrais-je écrire davantage de propagande ?

On me dit souvent que je devrais rédiger moins d'écrits théoriques et davantage d'écrits en lien avec l'actualité, ou autrement dit, davantage de propagande de transition (parler de sujets concrets et de luttes concrètes qui concernent directement les gens).

Je le fais parfois, certes pas très souvent, et je pourrais le faire davantage bien sûr. 
Mais il me semble que la plupart des gens en politique écrivent déjà beaucoup là-dessus. Alors ce ne serait pas très intéressant que je m'y mette aussi je pense.
Qui plus est, je suis sûr que plein de gens sont bien meilleurs que moi là-dedans. 
En outre, je donne déjà de mon temps et de mon énergie sur le terrain en tant que militant et président de la Jeunesse Socialiste Genevoise, et je pense que c'est un engagement suffisamment concret pour que je puisse me permettre d'explorer un peu la philosophie politique de mon côté (surtout qu'il s'agit quasi exclusivement de recherches personnelles, vu qu'on n'enseigne pas particulièrement la philosophie politique à Genève au Département de philosophie).

Donc voilà, toutes mes excuses à celles et ceux qui aimeraient me voir changer de disque, mais je vais continuer comme cela.
Si ça peut consoler certains, je compte en venir bientôt à un témoignage sur mon activité militante qui sera tout à fait empirique. 

00:12 Écrit par Adrien Faure dans Propagande ou théorie ? | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

24/11/2013

Sur l'évolution du sens du mot « révolution » à travers le XVIIe, XVIIIe, et XIXe siècle

Je partage ci-dessous, une petite recherche, effectuée au cours d'un séminaire, qui est en lien avec mes écrits sur ce blog je pense.


A l'origine, le mot « révolution » provient du latin où il signifie « cycle temporel ».
Le mot français entre dans l'usage courant à partir de 1559, comme synonyme d'un événement bouleversant sans retour possible à un stade initial.
Mais c'est seulement à partir du XVIIe siècle, et du renversement de Charles 1er en Angleterre par Cromwell et le parlement en 1649, que le mot prend le sens de « changement brutal, pouvant impliquer trouble et renversement de régime. »
Le mot « révolution » va ensuite rester lié à cet événement précis de l’histoire, puis à l'histoire de l'Angleterre avec la
seconde révolution d’Angleterre, en1688-1689, avec le renversement de Jacques II le catholique. L’Encyclopédie, éditée de 1751 à 1772, et dirigée par Diderot, fait d'ailleurs spécifiquement mention du mot « révolution », dans son sens de changement de régime, comme étant lié uniquement au cas anglais. La révolution n'est donc pas encore un concept général, mais un élément descriptif d'un événement précis.

Le mot est employé ensuite à propos de la révolution américaine de 1776, et plus généralement des événements qui préparent le changement de régime, de 1760 à 1780.
Puis il est employé à propos des événements de 1789 à 1799 en France, (avec une majuscule, c'est
la Révolution, qui se veut un exemple universel pour le monde).
A la même époque, le mot « révolution » est aussi employé pour parler de révolution brabançonne et se dit donc du soulèvement des Belges contre la domination de l’Autriche.
On voit donc comment à partir d'un cas précis, la révolution anglaise, le mot « révolution » va prendre un sens général, désignant l'ensemble des changements de régime politique par un renversement plus ou moins violent ou pacifique, ainsi que le processus révolutionnaire qui accompagne ce changement de régime.

Au XIXe siècle apparaissent de nombreux emplois du mot « révolution » qui correspondent à des modifications du concept pré-établi. On se met à parler de
révolution socialisteprolétaire, ou prolétarienne, et les premières interprétations marxiennes et marxistes voient le jour, créant des catégories nouvelles comme révolution bourgeoise, ou révolution permanente.
On voit donc ici l'extension du sens du mot « révolution » aux rapports sociaux (et économiques), et aux rapports de classe. (Au XXe siècle, on parlera aussi de révolution culturelle.)

Transposé sur le plan économique, le concept donne lieu aussi à partir de 1839, sous la plume d'Auguste Comte, à 
révolution industrielle. Et dans ce cas-là, il signifie une transformation radicale du mode de production économique. (Au XXe siècle, on parlera aussi de révolution technologique.)

Dans sa spécialisation astronomique, dès 1690, le mot « révolution » signifie : « mouvement circulaire par lequel un astre revient à son point de départ sur son orbite ».
Dans sa spécialisation psychologique, dès 1720 : « trouble passager violent .
Dans sa spécialisation médicale, dès 1694, on parle de : « révolution d’humeurs ».
Dans les sciences, il prend le sens de : « Cataclysme bouleversant terrains et faunes » dès 1718.
Dans histoire des sciences, dès 1787 on (Kant) parle de : « révolution intellectuelle », comme d'un passage « d’un paradigme scientifique à un autre ».
Dans sa spécialisation géométrique, dès 1765 il signifie : « tout complet d’une pièce mobile autour d’un axe. ».



Bibliographie :

- A. REY,
Dictionnaire Historique de la langue française, Paris, Le Robert, 2010

- Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, par une société de gens de lettres, mis en ordre 
par M. Diderot […] ; & quant à la partie mathématique, par M. d’Alembert [1750-1781], 35 vol. (dont 12 de planches), facsimilé, Stuttgart, Bad Cannstatt, 1988

21:45 Écrit par Adrien Faure dans Du mot "révolution" | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

22/11/2013

De la nécessité d'un individualisme socialiste



Nous avons besoin d'expliquer pourquoi des militants s'engagent en faveur du socialisme et embrassent la voie révolutionnaire.
Car nous devons être capable de dire pourquoi n'importe quel citoyen devrait le faire.
Et là je fais abstraction de toute notre propagande (de transition) qui sert uniquement à faire adhérer les gens au socialisme par des voies détournées et une immersion progressive dans nos valeurs et nos idées.

Se contenter de dire que l'individu est altruiste, qu'il s'engage pour autrui par altruisme, c'est courir le risque de fonder toute une action politique et une théorie révolutionnaire sur de bons sentiments. Qu'un jour les bons sentiments s'évaporent et vous verrez la révolution disparaître comme un joli mirage.
Et puis, on peut être altruiste pour de mauvaises raisons, que ce soit pour complaire à un proche, pour flatter son ego, pour se donner bonne conscience, ou pour déculpabiliser. Des tas de mauvaises raisons sur lesquelles bâtir une théorie révolutionnaire.

La solution c'est de dire que le socialisme est un idéal de société pour tout individu.
Ainsi il est rationnel de s'engager en faveur du socialisme.
Il faut donc voir le socialisme comme un projet de société universellement valable.
Cette position me semble la plus forte, et donc la plus à même de soutenir une théorie de la transformation sociale. 

21:32 Écrit par Adrien Faure dans Individualisme socialiste | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

Contradiction entre analyse marxienne et subjectivité petite-bourgeoise

Nous vivons dans une société petite-bourgeoise.

80% de la population pense appartenir à la classe moyenne.
Autrement dit, si conscience de classe il y a, cette conscience de classe entre en totale contradiction avec les catégories analytiques marxiennes.

Aujourd'hui, nous avons une société petite-bourgeoise qui se pense petite-bourgeoise, se vit petite-bourgeoise, et a des aspirations petite-bourgeoises, dont les membres agissent en petit-bourgeois.

Un enseignant est selon les catégories marxistes contemporaines un travailleur (c'est après tout un salarié qui vend sa force de travail intellectuelle). Mais un enseignant ne pense pas ce mot "travailleur", et ne se pense pas en fonction de ce référentiel.
Un enseignant se pense généralement comme un membre de l'honorable classe moyenne (éventuellement inférieure ou supérieure, c'est selon).

Les jeunes étudiants fils d'enseignants, de 68 ou de 2013, sont-ils des petit-bourgeois ?
Ils ne se pensent pas travailleurs, encore moins prolétaires.

La catégorie "travailleurs" a clairement perdu de son sens de nos jours.

Nous sommes donc face à une contradiction entre subjectivité et analyse marxiste qui se veut rationnelle.
Est-ce une question de lutte culturelle ?
Ou bien est-ce une donnée fatale et nécessaire à entériner d'un point final ?


 

18:47 Écrit par Adrien Faure dans Analyse marxienne vs subjectivité petite-bourgeois | Lien permanent | Commentaires (29) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

18/11/2013

Romantisme versus socialisme scientifique

J'ai envie de compléter avec cette note mes deux dernières publications sur mon blog principal concernant le romantisme.

Je pense qu'il faut ajouter quelque chose d'important concernant le militant révolutionnaire (disons le jeune militant révolutionnaire puisque c'est l'exemple que je connais le mieux), c'est qu'il est probablement traversé par deux faisceaux différents, et relativement complémentaires.

Un faisceau de la raison, ou autrement dit, un socialisme aux prétentions scientifiques, qui veut expliquer le monde, l'appréhender rationnellement par la logique et une méthodologie digne de l'épistémologie la plus poussée des sciences sociales. Ce faisceau explique l'engagement par une analyse des conditions matérielles de l'individu, il étudie les déterminismes, imagine des corrélations, des liens causaux. 
C'est ce faisceau qui amène le militant à son bureau (quand il en a un), lui fait lire des piles de gros livres très sérieux, et lui fait donner de son temps à la participation de mystérieux cercles d'étude (qui ressemblent parfois un peu à des thérapies de groupe).
Ce faisceau est constitutif du vrai militant marxiste, maîtrisant la théorie au service d'une praxis révolutionnaire sur le bout des doigts. 

Et il y a le faisceau de la spontanéité, de l'émotion, celui qui fait passer le militant pour un hippie chevelu, un beatnik niais, un poète plein de passions. Ce faisceau est sûrement plus important que le premier, car il est davantage tourné vers la vie. Il s'incarnera peut-être plus tard dans un mode de vie alternatif, et dans tout le boboïsme si décrié, mais dans sa fleur de l'âge, il représente la pulsion de joie, et est peut-être davantage subversif que les outils quasi mathématiques dont le socialisme scientifique aimerait pourvoir le militant.

Mais de tout cela, raison ou passion, logique ou émotion, qu'on en oublie pas pour autant le but ultime du socialisme (qui se réalise peut-être individuellement à travers le militantisme révolutionnaire) : la liberté.
 


 

23:07 Écrit par Adrien Faure dans Romantisme | Lien permanent | Commentaires (7) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

20/10/2013

Le carriérisme touche aussi la gauche radicale...



Alors que j'ai cru un temps que la gauche radicale en était exempte (c'est en tout cas la réputation qu'elle avait), il me faut bien admettre qu'elle est aussi touchée par le carriérisme.

Parmi les 9 nouveaux élus d'Ensemble à gauche, nous avons en effet eu droit à des démonstrations de carriérisme.

Rémi Pagani, qui a volontairement décidé de s'emparer de deux mandats différents (deux mandats très lourds qui plus est !)...

Magali Orsini, qui nous fait l'éloge du petit patronat comme modèle de la société future post-capitaliste, en pleines élections... 
Puis, après avoir été élue, elle nous raconte que les parlementaires sont « les meilleurs » (mais dans ce cas, pourquoi ces générations de « meilleurs » nous ont-ils laissé le monde dans l'état dans lequel il est ?)

Misère du socialisme je vous dis (déçu sur ce coup). 

20:04 Écrit par Adrien Faure dans Carriérisme | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

Du mauvais usage du mot « social-démocratie »


Il faut cesser d'utiliser ce mot « social-démocratie » comme s'il avait une valeur équivalente au mot « socialisme » ou « libéralisme », car c'est complètement faux.

La social-démocratie est un mouvement politique historique, non un courant d'idées philosophiques. Autrement dit, c'est un mot qui désigne quelque chose de relatif à une époque, et non une entité universelle (comme la grande catégorie générale philosophique du « socialisme »).

Staline, Marx, et François Hollande, ont été actifs au sein de partis social-démocrates, et par conséquent, ont, de facto, été des social-démocrates (et ils s'en sont d'ailleurs chacun revendiqués).

Il suffit d'être membre d'un mouvement social-démocrate pour être social-démocrate, tandis qu'on peut être socialiste et être dans un mouvement social-démocrate ou dans une autre organisation, mais pour être socialiste il faut adhérer au courant d'idées socialiste (au socialisme).

Donc par pitié, arrêtons de prêter un sens qu'il n'a pas à ce mot.

19:47 Écrit par Adrien Faure dans Social-démocratie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

18/10/2013

La philosophie est subversive



La semaine passée, j'étais en cours de philosophie antique en train d'étudier la conception de la justice de Platon dans la République, et nous avons abordé (livre I) les premières définitions de la justice que proposent certains des intervenants du dialogue.
L'une d'entre elles établissait que l’État juste est l’État qui ne permet à nul citoyen d'avoir davantage de pouvoir que d'autres, et que par « pouvoir » il entendait aussi richesse et argent. L'intervenant du dialogue de Platon ajoutait que ce n'était certes pas le cas aujourd'hui (c'est à dire à l'époque de la Grèce antique).

Ce qui est intéressant, c'est qu'à ce moment-la du cours, une élève s'est écriée que de nos jours, à Genève, nous vivions exactement la même situation. Elle s'élança ensuite dans un diatribe indigné contre les riches, les augmentations des cotisations à l'assurance maladie, le niveau très élevé des loyers qui allait dans la poche des propriétaires, etc.
Pour conclure l'anecdote, le professeur proposa alors (de manière amusée) au reste de la classe de commencer une révolution dans la classe même.

L'intérêt de cette réaction tient dans le fait qu'elle démontre ce que je supposais : la philosophie est subversive.
L'étude de la philosophie ne peut que mener à une position critique envers la société contemporaine. Nous devons donc voir dans la philosophie un outil de transformation social (dans une optique gramscienne), à même de briser le consensus social-libéral actuel. Il nous faut aussi réfléchir à comment produire du contenu philosophique capable d'intéresser le grand public (une position qui s'inscrirait aussi dans celle défendue par l'association des étudiants en philosophie de Genève, Phileas). 

13:37 Écrit par Adrien Faure dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

14/10/2013

De nos candidatures Socialistes au Conseil d’État


L'assemblée générale du PS genevois de jeudi dernier n'a pas vraiment tranché clairement les modalités des candidatures Socialistes au Conseil d’État.

En effet, voici quelques options qui pourraient être adjointes à nos deux candidatures :

- Nos candidats s'engagent à ne pas assumer les décisions prises par le Conseil d’État, lorsque ces dernières vont à l'encontre des positions du PS et à le faire savoir publiquement (dénoncement et non respect de la collégialité).

- Dans le cas où le Conseil d’État prendrait des décisions allant à l'encontre des positions du PS de manière répétée et de manière trop élevée, ou dans le cas où on tenterait de leur imposer le respect de la collégialité, les candidats s'engagent à démissionner de leur siège.

- Dans le cas où seuls 2 élus de gauche seraient élus au Conseil d’État, les candidats doivent abandonner leur siège (refuser son élection).

- Dans le cas où seul 1 élu Socialiste sur 2 serait élu au Conseil d’État, ce dernier doit abandonner son siège.

Ces conditions n'ayant pas été adjointes pour le moment aux candidatures Socialistes au Conseil d’État, le débat sur leur utilité reprendra donc en tout cas après les élections (après le deuxième tour). Un débat s'imposerait selon moi à ce moment-la pour discuter des options de notre parti et trancher sur ce qui lui est le plus favorable. 

12:08 Écrit par Adrien Faure dans Conseil d'Etat, Elections cantonales 2013 | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

09/10/2013

Petits enseignements à tirer de la défaite de la gauche aux élections



Les faits sont bien connus.
Les Verts ont perdu beaucoup de sièges, le PS s'est maintenu, Ensemble à Gauche est rentré au parlement en perdant encore des pourcentages de voix, le MCG a fait un score énorme, l'UDC a crû, le PDC aussi, le PLR s'est affaibli, les petits partis n'ont pas atteint le quorum.

Que faire ?

Pour les Verts, cette chute électorale vient démontrer que leur tentative de centrisation (« nous sommes un parti du centre », « ni de gauche, ni de droite ») a largement échoué. Par conséquent, ils devraient revenir à des positions de gauche affirmées.
Cela implique de ré-affirmer des positions fortes, combatives, et radicales, sur les questions sociales et économiques. Ne parler que d'écologie en ces temps de grève et de crise économique n'est pas suffisant.
Un tel re-positionnement permettrait de rallier à eux les objecteurs de croissance et d'autres tendances de l'écologie radicale.

Pour le PS, il s'agit de se positionner comme ce qu'on appelle en France la « gauche sociale », la gauche populaire, ou autrement dit, comme les représentants politiques du mouvement syndical et du mouvement travailleur.
Le mot « travailleur » doit d'ailleurs réapparaître dans la propagande du parti, et la question des conditions de travail doit venir s'imposer comme thème de campagne en tant que tel, en sus de l'emploi.
Nos programmes doivent être moins pinailleurs. Nous devrions avoir un programme court, et fort, constitué des points les plus importants, et non de tout ce verbiage plein de détails pour spécialiste parlementaire.

Pour EàG, leur baisse électorale élevée, induite par leur absence du parlement pendant 8 ans, devrait convaincre leur tendance la plus révolutionnaire que le parlementarisme est toujours d'actualité.
Une transformation de leur propagande me paraît souhaitable. Le journal de SolidaritéS par exemple parle beaucoup trop de nucléaire et de questions internationales. A mon humble avis, ce n'est pas avec ce genre de questions qu'on récupère l'électorat des classes populaires qui s'est tourné vers le MCG-UDC.

Voilà, ces quelques petites remarques sont écrites un peu vite, mais je suis débordé ces temps-ci.

22:34 Écrit par Adrien Faure dans Elections cantonales 2013 | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

27/09/2013

Le Service des votations vit encore dans le passé...



Lorsque vous voulez déposer une prise de position lors d'une votation ou d'une élection, la première chose à faire est d'aller chercher un formulaire adéquat au Service des votations aux Acacias.

Ce petit rituel peut paraître divertissant à certains, mais il n'en reste pas moins qu'il s'agit d'une perte de temps qui est infligée aussi bien aux militants qu'aux travailleurs du Service des votations, dérangés tant et plus par les militants venus chercher une prise de position.

Par pitié, qu'on leur permette de mettre enfin en ligne sur leur site les formulaires pour les prises de position, assez perdu de temps pour obtenir cette sainte paperasse !

16:33 Écrit par Adrien Faure dans Service des votations | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

23/09/2013

L'enquête maoïste



C'est en lisant un livre sur l'histoire du maoïsme français que je suis tombé sur une de leur pratique qui n'est pas inintéressante. Je veux parler de la pratique de l'enquête.
Les maoïstes (qui étaient principalement des étudiants) avaient l'habitude d'aller enquêter auprès des ouvriers et des paysans pour apprendre auprès d'eux leur réalité et pour prendre conscience de l'état de leur adhésion à la révolution.

Si cette pratique de l'enquête me semble aujourd'hui intéressante, c'est moins dans un but directement militant, que dans un but sociologique socialiste. Dans un pays où à peu près 75% des travailleurs travaillent dans le secteur tertiaire, et compte tenu de l'état du revenu et de la fortune des travailleurs, ainsi que du rapport de force capital-travail, il pourrait être intéressant de savoir ce que pensent les travailleurs de leur situation. Leur revenu leur convient-il ? Que pensent-ils de la répartition de la richesse en Suisse ? Qu'est ce que la gauche et la droite selon eux ? Comment vivent-ils leur relation avec leur patron ? Aimeraient-ils davantage de participation des travailleurs dans la prise de décision de l'entreprise ? Sont-ils syndiqués ? Que pensent-ils du capitalisme ? Etc.

Il y aurait un intérêt certain je pense à pouvoir constater l'état d'esprit actuel des travailleurs par rapport à notre projet de société (et aux éléments qu'il implique en tant que prémisses culturels/politiques). 

13:17 Écrit par Adrien Faure dans Enquête (maoïste) | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

18/09/2013

SPD – critère révolutionnaire – déterminisme – nouvelles théories – courants d'air marxistes



Un minimum de qualité nécessite un minimum de quantité, c'est pourquoi j'ai pensé obtenir un peu de qualité en brassant des quantités aux origines différentes.
(Techniquement ce genre de procédé me permet de mettre certaines idées à plat.)


SPD

En 1918, la révolution allemande échoua à cause de la trahison du Sozialdemokratische Partei. Et dire que je considérais que sa rupture avec le socialisme datait de 1956 !

Critère d'évaluation révolutionnaire

Peut-on évaluer l'action militante et politique à l'aune du critère révolutionnaire ?
Une action serait valable si, et seulement si, elle permettrait de faire avancer la révolution socialiste.
A cela on devrait adjoindre une condition éthique, à savoir que l'action militante ne doit jamais contrevenir aux principes éthiques du socialisme.

Les difficultés de ce critère résident dans son application à la théorie. Si la théorie est soumise au critère révolutionnaire, alors je suis certainement influencé (plus ou moins consciemment) dans ma production théorique par ce critère. Ainsi, ma théorie sur la nature de l’État pourrait être influencée par ma volonté de voir anarchistes et socialistes travailler ensemble (car cela va dans le sens du critère révolutionnaire davantage que le contraire évidemment). Influence peut-être problématique.

Déterminisme

Tout ce que nous faisons est-il déterminé ?
Je considère que oui. Rien n'est contingent.
Mais il est impossible d'appréhender l'ensemble des déterminismes pour déterminer la marche du monde par avance (car il y en a une infinité), toutefois, on peut en cerner un certain nombre pour essayer de faire des projections (c'est la science).
Si tout est déterminé, alors la production des idées aussi est déterminée.
Soumis aux mêmes déterminismes que moi, vous produiriez les mêmes idées.
D'autres individus partageant aujourd'hui un assez grand nombre de déterminismes communs avec moi (nous vivons dans le même contexte de production d'idées), il est évident qu'un individu n'est jamais seul à avoir une idée (il peut être le seul à l'exprimer, à la diffuser, ou à la développer). D'où ce qu'on appelle communément la « conscience collective ».

Apparition de nouvelles théories

De nouvelles théories voient le jour, soit par hybridation de théories anciennes (mélange de partie d'anciennes théories), soit par le traitement de nouveaux objets (internet par exemple). C'est la thèse que défend Razmig Keucheyan.

Les courants d'air marxistes

Un auteur dont j'ai oublié le nom soutient que le marxisme est composé de courants chauds et de courants froids.
Les courants chauds du marxisme ont comme caractéristique une tendance à un certain messianisme, à une forme de foi dans la réalisation de leur idéal.
Les courants froids seraient plutôt du côté d'Engels, et de ce qu'on pourrait appeler le « socialisme scientifique ».

21:15 Écrit par Adrien Faure dans Vrac | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

L'Union des ouvriers de l'esprit ne sera pas...

 

 

Mon parti a refusé de soutenir le projet, une majorité de membres arguant que nous avions déjà trop de projets en cours.

 

Sans le soutien de mon parti, il m'est impossible d'amener le projet devant les autres organisations de jeunesse de gauche.

Et sans le soutien de ces organisations, difficile de trouver locaux et financement pour la bibliothèque militante.

 

Les cercles d'études, de lecture, et de débat, pourront toutefois voir le jour (peut-être de manière séparée), des projets sont en gestation.

 

Quant aux propositions de production théorique et analytique, j'ai bien peur que nous en restions à ce blog pour le moment...

 

Une dernière possibilité réside dans la revue théorique critique. Cette dernière pourrait effectivement voir le jour en partant d'un groupe de militants directement.
Une revue de ce type pourrait être soutenue par les organisations de jeunesse de gauche (voire au-delà). 

Je vais creuser dans cette direction.

00:03 Écrit par Adrien Faure dans Union des ouvriers de l'esprit | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

16/09/2013

Génération révolutionnaire ?


Il est probablement très osé, et très hasardeux, de tenter une hypothèse sur quelque chose comme une ou des générations, tant le niveau de généralisation est élevé.

Mais la question mérite d'être posée : est-ce que l'état actuel de la situation politique, et particulièrement de la sphère idéologique, n'est pas le résultat des deux dernières générations qui ont précédé la mienne ?
Cela semble évident.
Pourtant, les implications sont intéressantes.

La génération des 60 ans, née en 1950, est cette génération qui a eu 20 ans en 1970. C'est la génération qui a échoué après une dernière vague révolutionnaire dont l'apothéose fut l'année 1968. C'est la génération de militants qui a cru successivement en l'URSS, puis en la Chine maoïste, puis dans le Cuba guévariste, etc.
Tant de faux modèles, et par conséquent, tant de déceptions.
Une génération de l'échec et du renoncement ?
Il y a de bons contre-exemples (mort au généralisations me direz-vous alors).

La génération des 40 ans, née en 1970, est cette génération qui a eu 20 ans en 1990.
C'est la génération qui a assisté à la chute du Mur, à l'effondrement de l'URSS, au passage de la Chine à un capitalisme décomplexé, à l'affaiblissement du mouvement ouvrier, et qui a subi la propagande libérale victorieuse.
Peut-on la considérer comme une génération sans utopies ?
Il y a aussi de bons contre-exemples.

La génération des 20 ans, née en 1990, est cette génération qui a 20 ans aujourd'hui.
C'est ma génération. Et elle est révolutionnaire, même si vous ne le savez pas encore.
Nous n'avons jamais connu comme réalité mondiale que le capitalisme. Nous avons eu droit à la crise de 2007-2008, puis à la crise de la dette. Nous avons assisté aux révolutions au Moyen-Orient et en Afrique du nord. Nous avons participé au mouvement des Indignés et à Occupy the world. Pour nous, l'URSS et consort ne sont que de vielles dictatures poussiéreuses, notre socialisme est novateur et libérateur, il n'a plus aucune attache avec le passé des échecs et des erreurs.

Donnez-nous encore une ou deux générations aussi libérées idéologiquement que nous le sommes, et nous l'aurons notre révolution.



13:36 Écrit par Adrien Faure dans Génération révolutionnaire | Lien permanent | Commentaires (14) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

05/09/2013

La révolution socialiste avec l'anarchisme


Mon excellent camarade et ami, Philippe Berger, fin explorateur de la philosophie politique, bon théoricien, a publié dans la Cuite Finale numéro 7, le journal de la Jeunesse Socialiste Genevoise, un article où il questionne les liens entre socialisme et anarchisme. Je le remercie d'avoir abordé cette question qui m'a aussi intéressé ces derniers temps, et je souhaite présentement commenté la thèse qu'il défend, à savoir que la révolution socialiste entre en opposition avec l'anarchisme.

« La thèse de l’« extinction de l’État » de Marx et Engels se verra largement définie par ceux-ci et redéfinie par Lénine et Gramsci, sous le poids des 
faits concrets. »

Cette affirmation est extrêmement vrai. Si on prend seulement Marx, ce dernier affirme la nécessité de la prise de pouvoir des travailleurs dans le Manifeste du Parti Communiste, mais va préciser sa position après l'expérience de la Commune de Paris en ajoutant que l’État bourgeois (capitaliste) doit être détruit pour qu'une nouvelle forme d’État puisse le remplacer, l’État prolétarien.

« S’ils vont toujours souhaiter l’extinction de l’État en tant qu’outil d’une domination de classe et pur outil de répression, ils vont opérer des distinctions dont l’anarchisme ne va pas s’embarrasser. »

Le problème du marxisme c'est justement les limites de sa définition de l’État en tant qu'outil de domination de classe, ou en tant qu'expression super-structurelle de la lutte des classes. Cela implique que dans la société sans classe il n'y a effectivement plus d’État (puisque plus de lutte des classes), et c'est une conception complexe pour la majorité de nos contemporains.

« Engels, par la critique de la libre-concurrence telle que la pratiquait l’Angleterre au milieu du 19e siècle (« La libre-concurrence se trouverait au dernier degré de perfection dans un arrangement privé d’État, où chacun pourrait exploiter l’autre selon son plaisir »), assigne à l’État un rôle différent que celui de l’État répressif. Cela même renvoyant à la distinction entre le court-terme et le long-terme. Si le socialisme souhaite l’extinction de l’État dans le long-terme, il faut d’abord changer l’État, pour, dans le concret, intervenir dans la sphère économique et mener ainsi à ce qui va être l’abolition des classes. »

Changer l’État certes, mais de quel État parle-t-on ?
En effet, Marx, Engels, et Lénine, affirment tous trois la nécessité de supprimer l’État bourgeois (capitaliste), de le détruire, pour le remplacer par un autre État, l’État prolétarien (qui correspond à la Commune). Une partie des causes de l'échec de l'URSS réside d'ailleurs sûrement dans l'incapacité des bolcheviques à supprimer l’État bourgeois et à se passer de ses restes (notamment de la bureaucratie).
Il y a donc destruction de l’État capitaliste, et formation simultanée d'un nouvel État composé des conseils (eux-mêmes composés des comités ouvriers). C'est en cela je pense qu'est le changement d’État par le processus révolutionnaire.
Mais ce nouvel État prolétarien est selon moi identique pour les anarchistes (qui ne l'appelle pas État) et pour les socialistes (qui l'appellent État), puisqu'il correspond à l'exemple de la Commune, dont tous, anarchistes comme socialistes, font un exemple de l'application de leur doctrine.

« Ils attaquent l’anarchiste Bakounine qui, quant à lui, ne prend pas la peine de décortiquer les différents visages de l’État et en fait « L’État abstrait, l’État en tant que tel, l’État, qui n’existe nulle part, ou dans les nuages seulement ». Engels réfute en particulier la croisade anarchiste contre le principe d’autorité en tant que tel, alléguant des cas exceptionnels, comme la première phase de la mise en place du socialisme, qui peuvent exiger, comme dans un bateau traversant une tempête, « l’obéissance absolue de tous à la volonté d’un seul » (le capitaine, métaphore de l’avant-garde du prolétariat). »

Mais n'est-ce pas encore une fois un bon exemple des causes de l'échec de l'URSS ? Les avant-gardes ne mènent-elles pas justement au bureaucratisme et à la dictature ? N'est-ce pas contradictoire avec la nécessité d'une révolution populaire (impliquée dans la réalisation du socialisme) ?

« Il rapporte aussi la faible réponse que lui font les anarchistes : « Ah c’est vrai, mais il ne s’agit pas ici d’une autorité que nous avons déléguée mais d’une 
charge ! » Avant d’ajouter la conclusion qui s’impose à ces propos : « Ces messieurs croient qu’ils ont changé les choses quand ils ont changé les noms. »

Ce commentaire d'Engels nous montre qu'il n'y a justement pas de différence (autre que le nom) entre le mandat impératif anarchiste et les principes socialistes par lesquels Marx et Lénine ont défini la gestion de l’État prolétarien (électivité, révocabilité, salaire ouvrier).

« Lénine milite aussi pour l’extinction de l’État, au sens d’outil violent de domination de classe. »

Sur le long terme certes.

« Il fait également une distinction aussi entre le court et le long-terme : « Nous ne sommes pas des utopistes. Nous ne « rêvons » pas de nous passer d’emblée de toute administration, de toute subordination ; ce sont des rêves anarchistes. » Après la Révolution d’octobre cependant, confronté plus que jamais à des problèmes d’organisations 
concrets, il se distancie de ses propres thèses anarchisantes. »

Totalement d'accord. Peut-être qu'il n'aurait justement pas dû !

« Il parle ainsi de s’engager dans la « construction de l’État », c’est-à-dire, « édifier un appareil vraiment neuf, et qui mérite véritablement le nom d’appareil socialiste ». »

Oui, mais pour pouvoir réussir à bâtir un véritable État prolétarien, il eut fallu d'abord détruire l’État bourgeois.

« Il est conscient qu’il s’agit d’une tache qui demande « beaucoup, beaucoup, beaucoup d’années » (sic !). Il oppose cet État au vieil appareil d’État « capitaliste et bureaucratique. »

Qu'il eut fallu détruire...

« Gramsci, qui fait sien les objectifs du jeune État socialiste en Russie, considère le socialisme non comme un processus d’extinction de l’État, mais comme la construction de « l’État social du travail et de la solidarité ». »

Selon le sens que l'on donne au mot État les deux ne s'opposent pas.
Si l’État est uniquement expression de la lutte des classes, outil de domination de classe, alors l’État disparaît avec l'avènement de la société sans classe. Mais si l’État est, comme je l'ai défini, la matérialisation du principe d'organisation, alors oui, l’État existe toujours.

« Il finit même par prendre acte que l’État et la société en tant que concepts et en tant qu’objets pratiques sont indissociables, tout en dissociant « l’État-caserne » pré-révolutionnaire de « l’État-société » qu’il appelle de ses vœux et qu’il voit comme « une garantie de permanence et de succès pour toute activité sociale » (en opposition avec la libre-concurrence et le laisser-faire qui dévore les humains comme le montre Engels). »

Idem.

« L’homme tellement attaché à ne pas créer un messianisme à partir du socialisme s’attaque au soit disant lien entre anarchisme et socialisme : « On a construit un schéma préétabli, selon lequel le socialisme serait une « passerelle » vers l’anarchisme : c’est un préjugé stupide, une hypothèque arbitraire sur le futur ». Il y a chez lui toujours le refus d’un certain « mécanisme » socialiste, réponse erronée à la « nature » des libéraux. »

Je considère plutôt que socialisme et anarchisme sont la même finalité de mouvements différents (et de conceptions idéologiques différentes).

« L’anarchisme n’est pas seulement accusé d’utopisme et d’hypocrisie, mais il est encore accusé d’être le descendant du libéralisme : « dans la dialectique des idées, c’est l’anarchie qui continue le libéralisme, non le socialisme », nous dit Gramsci, parce que « toute la tradition libérale est contre l’État ». »

Je dirais qu'il s'agit là soit de propagande, soit d'une confusion avec les anarchistes libéraux.

« Gramsci note enfin que les anarchistes, de par leur utopisme, sont en définitive les gardiens de l’État pré-révolutionnaire. Il voit leur « anti-étatisme primitif et élémentaire » comme « une expression d’apolitisme », et donc « de renonciation, d’acceptation et d’intériorisation d’une situation de subalternité » (par rapport à l’ordre établi). »

C'est peut-être là un point où je serais quelque peu d'accord.
Les anarchistes sont bien souvent un peu dogmatiques (mais pas tous) quant à l’État.

« Alors que pour Marx « la conquête des droits politiques (suffrage universel, liberté de la presse, liberté d’association et de réunion publique etc.) » est considérée « comme condition préliminaire et indispensable à l’émancipation économique des travailleurs », pour Bakounine ces droits politiques viennent de l’État, et ne sont donc qu’une vieillerie « bourgeoise ». »

Bakounine se montre quelque peu dogmatique sur ce point certes.

 

« Ainsi, tandis que le socialisme nous invite à établir un « État éthique » qui serait la société civile elle-même, où se construit à chaque instant la liberté et l’égalité et où cet État en est la garantie, l’anarchisme, nous invite soit à une passivité moqueuse et cynique envers cet effort de changement qui n’est que « bourgeois », soit à une libération des instincts violents, qui en fait la meilleure excuse de répression de l’État-caserne. »

Cette conclusion est uniquement tirée des deux derniers paragraphes. Je trouve qu'elle réduit quelque peu la doctrine anarchiste à une simple question d'approche tactique (comment agir par rapport à l’État). 

*

Alors que nous sommes passablement marginalisés, l'heure est à l'union des socialistes, avec les communistes, et les anarchistes.  
Et quand on lit la citation ci-dessous, on voit bien comme les différences sont ténues. En outre, l'échec du marxisme-léninisme doit nous amener à considérer d'autres variantes du socialisme, comme le socialisme conseilliste, le socialisme libertaire, ou encore le socialisme castoriadien. 
Pour une défense plus large de la ressemblance entre socialisme et anarchisme, rendez-vous ici.

« La société, qui réorganisera la production sur la base d'une association libre et égalitaire des producteurs, reléguera toute la machine de l’État là où sera dorénavant sa place : au musée des antiquités, à côté du rouet et de la hache de bronze. »

Friedrich Engels   

00:24 Écrit par Adrien Faure dans Anarchisme | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

04/09/2013

Pour la création d'une « Union des ouvriers de l'esprit »


La tentative que j'avais essayé de lancer avec la fondation du Cercle Gramsci s'était heurté à un manque de précision dans la définition de ses objectifs et de ses modalités qui avait conduit à son abandon.

Je pense cependant aujourd'hui être en mesure de relancer ce projet sous une nouvelle forme. Développement.

J'ai d'ores et déjà constaté les lacunes dans la formation théorique des militants par les partis politiques (y compris ceux dont je suis membre).
Je fais en outre le constat que du fait de cet abandon partiel par les partis de la formation théorique des militants, il est peu aisé pour les militants de se former par eux-mêmes (ce qui implique un certain nombre d'éléments problématiques dont j'ai déjà parlé).

Par conséquent, je pense que nous devrions créer une organisation chargée de deux tâches importantes.
Tout d'abord, la constitution progressive et l'entretien d'une bibliothèque militante sur le socialisme, le communisme, l'anarchisme, et l'écologie politique, qui serait mise à la disposition de tous les militants adhérant à ces courants.
Une telle bibliothèque pourrait être co-financée par l'ensemble des organisations politiques de gauche du canton. Concernant les locaux, il faudrait qu'une de nos organisations se dévoue pour abriter cette bibliothèque.

Ensuite, cette organisation devrait avoir pour tâche de produire du matériel théorique (et non du matériel direct de propagande) servant à analyser et appréhender la société actuelle, tout autant qu'à proposer des solutions aux défis contemporains auxquels fait face le mouvement d'émancipation.

Une tâche subsidiaire pourrait résider dans l'organisation de débat, ou de cercle d'étude et/ou de lecture (sur le modèle par exemple du cercle de lecture marxiste qui a été actif toute cette année scolaire passée).

Je propose donc de créer cette organisation sous le nom d'Union des ouvriers de l'esprit, une formule que j'emprunte au porte parole des Jeunes du Parti Ouvrier Populaire de Neuchâtel, Quentin Stauffer.
J'apprécie en effet cette expression car elle donne une connotation non élitaire à la réflexion théorique qui me parle assez.

Une telle organisation ne représenterait pas uniquement un moyen pratique (formation des militants), mais aussi une offensive intellectuelle, et idéologique (et par conséquent, in fine, politique), afin de ne plus laisser le champ idéologique (et donc culturelle et sociale) aux idéologues du capitalisme.

21:31 Écrit par Adrien Faure dans Union des ouvriers de l'esprit | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

02/09/2013

Misère du socialisme

Lorsque je vois des membres (et des candidats) de la gauche radicale défendre le petit patronat, en faisant l'éloge du petit patron "honnête et social", je me pose des questions sur l'état du socialisme contemporain...

Certes, que des petits patrons se joignent à la lutte socialiste est quelque chose de très bien, mais de là à se mettre à faire du petit patron un rouage de la société socialiste, c'est littéralement abandonner le socialisme.
Car patronat et salariat sont aussi inséparables qu'en opposition avec le projet socialiste d'une société sans classes.

Misère du socialisme donc...  

16:43 Écrit par Adrien Faure dans Misère du socialisme | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

01/09/2013

Dépasser les trois fléaux du socialisme : l'électoralisme, le sectarisme, et le concurrentialisme

Camarades socialistes, communistes, et anarchistes,

Nous faisons aujourd'hui face à bon nombre d’embûches et de difficultés dans notre volonté de transformation sociale, et nous pouvons expérimenter la dureté du rapport de force, que ce soit au niveau genevois, romand, suisse, européen, ou international ; partout l'hégémonie capitaliste fait peser sur nous sa chape de plomb culturelle, morale, idéologique, politique, et économique.
Toutefois, ces difficultés "externes" trouveront leur résolution dans la construction d'un mouvement de transformation sociale.

Le problème, c'est que pour construire un mouvement de transformation sociale, il nous faudra nous confronter aux trois fléaux du socialisme : l'électoralisme, le sectarisme, et le concurrentialisme.

L'électoralisme n'est rien d'autre que ce "bon" vieux réflexe réformiste qui pousse la social-démocratie (et parfois aussi la gauche radicale) a abandonné tout programme de transition, toute conscience socialiste de la transformation sociale, pour s'enfermer dans la croyance que 1% (ou 3'000'000%) de plus aux prochaines élections, nous permettra de réaliser le socialisme (je ne vais pas m’appesantir là-dessus, j'ai déjà expliqué pourquoi dans mes derniers billets). On notera toutefois que je ne remets pas en question le fait de faire campagne lors d'élections ou d'essayer d'avoir le maximum d'élus, mais bien le fait de croire que c'est ainsi que nous réaliserons le socialisme (ce point est essentiel, car selon la foi ou l'athéisme que nous mettons dans l'électoralisme nous axerons différemment notre action politique et notre militantisme, l'action non électoraliste s'envisageant en tant que processus à construire, et non en tant qu'événement unique à gagner de manière répétée comme l'élection).

Le sectarisme est cette terrible tendance (qu'on retrouve de manière récurrente chez certains pans de la gauche radicale) qui pousse des militants à s'enfermer dans un dogmatisme idéel, coupé de la pratique militante efficace, de l'état réel de la lutte des classes, et de la réalité du rapport de force en présence. Lénine a bien écrit à ce sujet dans ces texte sur le gauchisme. Un socialisme critique est une nécessité pour dépasser ce genre d'enfermement qui affaiblisse le mouvement d'émancipation, et empêche la construction d'un mouvement de transformation sociale réunissant les socialistes de toutes tendances (conseillistes, marxistes, anarchistes, libertaires, trotskistes, etc.) 

Le concurrentialisme enfin, est un cousin du sectarisme croisé avec des réflexes électoralistes. Plus exactement, c'est la tendance de certains groupements à se penser (puis à se vivre et à s'organiser) comme étant en concurrence avec les autres tendances du socialisme (plus les groupements sont idéologiques proches, plus la concurrence se renforce dans ces cas-la dans cette logique...) 
Cette tendance nuit évidemment elle-aussi à la construction d'un mouvement de transformation sociale en éparpillant et affaiblissant les militants socialistes.

En dépassant ces trois fléaux, nous réglerons les problèmes internes (au mouvement socialiste), et nous donnerons les moyens de réaliser le socialisme. 



 

21:15 Écrit par Adrien Faure dans Fléaux du socialisme | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

Carnet de notes (III)

Quelques jours après sa création, je sens bien que j'ai trouvé une bien bonne nouvelle forme d'écriture et de publication avec ce carnet de notes. J'en profite pour remercier Laurent Galley qui m'a donné l'idée d'un carnet en complément à mon blog principal.
Mon rythme de publication est ainsi bien plus fourni et mon écriture bien plus fluide. J'ai enfin pu débloquer un certain nombre de problèmes que j'avais accumulé sous forme de brouillons et de notes non publiées (et donc bien souvent d'interrogations non posées et non résolues).
Bref, bilan positif.

A vrai dire,  je considère que ce carnet de notes correspond à l'extension de mon champ de recherche.
De mes 18 ans à mes 20 ans, j'ai appris le militantisme sur le terrain, puis de mes 20 ans à mes 22 ans, j'ai cherché à savoir ce qu'était le socialisme et à comprendre réellement le monde dans lequel nous vivons, et j'ai ainsi découvert la philosophie politique (et par la même occasion j'ai abandonné l'étude de la science politique pour des études en philosophie et en histoire).
A présent, je complète cette réflexion théorique par une réflexion sur la méthode, ou autrement dit, sur comment nous réaliserons le socialisme. 

Mais cette réflexion méthodologique n'est pas une réflexion idéelle, mais bien une réflexion pratique constamment en interaction et en débat avec les militants qui m'entourent.
Ce tout, militantisme de terrain, philosophie politique, et réflexion tactique, est ce que j'appelle, le socialisme critique.  

18:38 Écrit par Adrien Faure dans Le blog | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

Objectivisme vs subjectivisme

Il est assez commun aujourd'hui à gauche de se dire subjectiviste (on emploie souvent le mot "relativiste" comme équivalent). Le tiers-mondisme étant passé par là, on considère généralement en effet que toutes les sociétés se valent.
Le raisonnement étant que toutes les sociétés ont des cultures différentes avec des moeurs et des valeurs différentes, et que par conséquent aucune ne peut prétendre l'emporter en valeur sur les autres. 
Cette réflexion qui se veut anti-occidentalocentrisme et anti-européocentrisme a donc des racines généreuses allant dans le sens de l'égalité entre les peuples et entre les pays.

Malheureusement, ce raisonnement est faux, et non seulement il est faux, mais en plus ces implications sont plutôt assez problématiques. 
Car du moment qu'on affirme que toutes les sociétés se valent, alors cela implique qu'une dictature ou une théocratie vaut aussi bien qu'une démocratie libérale ou qu'une société socialiste. 
Mais ce n'est pas le pire. Le pire, c'est que du moment que toutes les sociétés se valent, alors pour quelle raison continuerait-on de faire de la politique ? Le militantisme (socialiste) vise à la transformation de la société, à la construction d'une autre société. Si toutes les sociétés se valent, alors pourquoi cherchons-nous à instaurer une société particulière (une société idéale) ? Nous n'avons qu'à nous adapter à la société en place, et à apprendre à aimer ses moeurs et ses valeurs...

On voit donc bien les gros problèmes que pose le positionnement subjectiviste. Et c'est pareil si on l'applique aux valeurs. Dira-t-on que tuer n'est pas éthiquement condamnable parce que simplement relatif aux moeurs d'une société ? 

Le positionnement objectiviste a ceci de positif qu'il permet d'affirmer qu'un tel modèle de société est valable (pour un ensemble de raisons, comme celles que je développe pour défendre l'excellence de la société socialiste), et ce de manière universel, en tous temps et en tous lieux.
Ainsi on peut affirmer (avec argumentation à l'appui) la supériorité de la démocratie libérale sur la dictature, ou la supériorité de la démocratie socialiste sur la démocratie libérale. On peut aussi condamner le fait de tuer en se basant sur des valeurs universelles, et affirmer que faire de la politique a du sens, car nous nous battons bel et bien pour un modèle de société universellement valable.

Voilà pourquoi, le socialisme critique doit être objectiviste.









 

15:47 Écrit par Adrien Faure dans Objectivisme | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

30/08/2013

Avant-gardisme jeune socialiste ?

Mon camarade Tristan Pun, étudiant en histoire, a expliqué à notre section les cycles qui traversent l'histoire des jeunesses socialistes européennes.

On trouve en effet un ensemble de cycles qui se répètent dans l'histoire de nos jeunesses de parti.

Cycle d'indépendance, où une jeunesse existe en tant que parti indépendant de tout autre parti (aujourd'hui il y a par exemple la fédération des jeunesses communistes suisses qui est complètement indépendante des partis communistes en Suisse). 

Cycle de dépendance pure où une jeunesse de parti ne peut pas prendre de décision sans l'accord du parti mère et où les intérêts du parti mère sont les seuls qui comptent dans le choix des activités et de l'action politique de la jeunesse (sans vouloir trop m'avancer, cela correspond assez au cas de la Jeunesse MCG à Genève il me semble).

Cycle de dépendance partielle où une jeunesse de parti peut prendre des décisions plus ou moins librement, et est relativement dépendante du parti mère dans le choix de ses activités et de son action politique (Jeunes Démocrates Chrétiens ou Jeunes Vert-e-s).

Cycle d'autonomie où une jeunesse de parti peut prendre librement des décisions et est indépendant dans le choix de ses activités et de son action politique.

Cycle d'avant-gardisme où une jeunesse de parti, d'ores et déjà autonome, influence le parti mère dans ses décisions et dans le choix de ses activités et de son action politique.

La question qui pourrait nous intéresser à la Jeunesse Socialiste, est de savoir si nous sommes capables de passer d'un cycle d'autonomie (dans lequel nous sommes présentement) à un cycle d'avant-gardisme.
 
La constitution du Mouvement des idées socialistes (MIS), et dans une certaine mesure la formation de Linkeplattform, appartiennent à cette dynamique. Mais d'autres démarches hors de ces organisations sont aussi possibles (par exemple directement dans les sections cantonales, ou depuis les sections cantonales avant-gardistes).

 

17:24 Écrit par Adrien Faure dans Avant-garde jeune socialiste | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

Du Cercle d'Olten

D'après ce que j'ai compris du Cercle d'Olten (un des groupements de l'aile gauche du PS), ces derniers travaillent sur la radicalisation des programmes du PS dans le sens du socialisme et de la défense des intérêts des travailleurs, des jeunes, et des précaires. 

Si cela a certainement une utilité, je ne suis pas convaincu que cela soit réellement la meilleure tactique pour réformer le parti dans le sens de nos idéaux. En effet, nous aurons beau faire passer les plus socialistes des programmes, tant que nous n'aurons pas régler le problème de notre participation aux exécutifs en tant que minoritaires, nous continuerons de passer, aux yeux de toute une frange de la population, pour des collaborateurs des partis bourgeois (cet anti-pouvoir, ou au mieux non pouvoir, que nous appelons illusoirement pouvoir).

C'est sur ce point que devrait travailler les militants du Parti Socialiste cherchant à radicaliser ce dernier. Nos programmes resteront malheureusement des éléments formels (non respectés par nos élus minoritaires dans les exécutifs), tant que nous resteront dans ces exécutifs qui nous décrédibilisent. 
Notre analyse de la société, nos propositions concrètes, nos campagnes, et nos idéaux, ne prennent sens que lorsqu'ils se basent sur une force d'opposition réelle, et non sur une proto-collaboration avec la droite (et donc avec le patronat in fine). Il n'y a de possibilité de construction d'un mouvement de transformation sociale que dans une opposition non seulement formelle (programmatique), mais aussi bien réelle dans l'ensemble de nos actes politiques.

La première chose à faire selon moi est donc de mener une campagne à l'interne de notre parti pour obtenir la sortie du PS du Conseil Fédéral, rupture symbolique éminemment importante avec toute tentation collaborationniste. 



 

16:59 Écrit par Adrien Faure dans Cercle d'Olten | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

29/08/2013

Théorie et pratique

D'après le chercheur Razmig Keucheyan, il y a une rupture entre les théoriciens critiques (comprenez, socialistes) et le militantisme, autour des années 1920, du fait de la fossilisation du socialisme militant sur les dogmes marxistes arrêtés par Moscou. Les théoriciens auraient abandonné les partis des travailleurs à ce moment-la, empêchés qu'ils étaient de poursuivre leur travail intellectuel.

Ce qui est triste, c'est que que cet état de fait semblerait s'être poursuivi depuis jusqu'à de nos jours (malgré les contre-exemples que je vois, comme Castoriadis). La coupure entre théoriciens et militantisme semblerait ne pas s'être résorbée (avec ce que cela a comme implications au niveau d'un développement doctrinal coupé des considérations stratégiques et pratiques de la vie militante).

Je pense qu'on ne peut que regretter cela, bien entendu, et espérer que les théoriciens critiques contemporains quitteront un peu leurs université pour aller dans les partis, les syndicats, et les autres organisations militantes. L'union de la théorie de la pratique est en effet selon moi une nécessité pour un socialisme du XXIème siècle aussi abouti sur le plan de la réflexion tactique que sur la réflexion doctrinale. 

J'ajouterais qu'il y a certainement quelque chose de désagréable dans cette dichotomie théorie versus pratique. On peut sûrement considérer qu'aucun militantisme complètement a-théorique n'est possible, et que la théorie n'est jamais que de l'induction issue d'éléments empiriques. De même, la théorie n'est jamais qu'une forme de pratique militante. 

La solution pour résoudre cette légère et relative dichotomie réside dans la formation des militants, comme je l'ai déjà dit, en joignant à la formation militante pure, une formation théorique, ou autrement dit, en développant un habitus militant équilibré sur ces deux jambes que sont théorie et pratique.

"La théorie comme telle est un faire, la tentative toujours incertaine de réaliser le projet d'une élucidation du monde." 


Cornelius Castoriadis 
 

22:13 Écrit par Adrien Faure dans Théorie et pratique | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg